Radié par France Travail Normandie pour insuffisance de recherche d'emploi, un demandeur d'emploi normand a contesté sa sanction devant le tribunal administratif de Caen en invoquant le neurohacking et son emprisonnement dans un jumeau numérique.

Inscrit à Pôle emploi, devenu France Travail, depuis de nombreuses années et sans emploi depuis 2014, un homme a été radié de la liste des demandeurs d'emploi par France Travail Normandie en novembre 2024. Devant le tribunal administratif de Caen, il a opposé un argumentaire assez cocasse et… inédit, en parant de neurohacking, piratage informatique, nanotechnologies et même jumeau numérique. La juridiction, qui a rendu sa décision le 10 avril 2026, n'a pas été convaincue, comme nous l'avons appris.
Inscrit de longue date à France Travail, il évoquait de mystérieuses activités secrètes
Laurent (nous avons modifié son prénom) était inscrit à Pôle emploi depuis de nombreuses années. Sa dernière expérience professionnelle remonte à 2014, aux Vergers Val de Sée, en Normandie. Depuis, il caresse un projet de création d'entreprise, axé vers les espaces verts et la boissellerie, l'artisanat du bois tourné. Évoqué dès 2019, ce projet n'a jamais franchi le stade de l'idée.
Le 20 septembre 2024, rencontre sa conseillère France Travail. Il confirme vouloir créer son entreprise, mais décline l'atelier Activ'Créa proposé, pourtant un programme d'accompagnement à la création d'entreprise. Il juge sa participation trop prématurée et dit souhaiter d'abord déposer un brevet, intention là encore envisagée depuis 2019. Il confie également « temporiser » à cause d'une mystérieuse activité « clandestine » liée, selon lui, à la défense de la vie privée.
Le 13 novembre 2024, France Travail Normandie perd patience et prend sa décision. Laurent est radié de la liste des demandeurs d'emploi pour un mois, et ses allocations sont suspendues. L'agence lui explique qu'il n'a pas accompli suffisamment de démarches concrètes pour retrouver un emploi. Il conteste, mais France Travail confirme sa décision le 2 décembre. Une procédure de médiation est alors engagée, mais elle se solde par un échec le 14 avril 2025. Sa dernière option reste de saisir le juge administratif.
De l'emprise sectaire au jumeau numérique, les arguments étonnants du demandeur d'emploi devant le tribunal
À l'audience, Laurent expose une situation qu'il décrit comme un véritable calvaire. Il affirme être victime de neurohacking, une technique de manipulation du cerveau par voie numérique, de communication subliminale et de piratage informatique. Des nanotechnologies, ces dispositifs microscopiques invisibles à l'œil nu, auraient été glissées dans ses habits, qu'il retrouve « déchirés, en lambeaux dans son placard ». Et la moitié de ses pommiers à haute tige aurait aussi mystérieusement disparu. Autant de faits qui constituent, selon lui, un cas de force majeure.
Son argument le plus étonnant (quoi qu'il y a débat avec les nanotechnologies) reste son enfermement dans ce qu'il appelle un « jumeau numérique » c'est-à-dire une copie virtuelle de lui-même, générée numériquement, dans laquelle il se dit prisonnier. Ceux qui ont regardé la série Upload récemment auront une vague idée. Il affirme également avoir tenté de transmettre 1 692 pièces justificatives à France Travail pour prouver le harcèlement qu'il subit, mais ne pas avoir pu toutes les joindre dans le délai imparti, leur nombre étant trop important. Parmi elles, des photos de son jardin, refusées par les services de France Travail pour des raisons de sécurité informatique, selon lui.
France Travail Normandie, de son côté, ne s'étend pas et explique que la décision de radiation est « légalement fondée », point. Mais le moment le plus inattendu de l'audience vient de Laurent lui-même, lorsqu'il demande à France Travail de l'aider à se « libérer » de l'emprise sectaire dont il se dit victime, condition sine qua non, toujours d'après lui, pour pouvoir enfin avancer sur son projet professionnel.
Ce que le tribunal administratif de Caen a vraiment retenu dans cette affaire
C'est la vice-présidente du tribunal désignée pour juger l'affaire, qui a rendu sa décision. Dans celle-ci, elle écarte de façon très méthodique les arguments de Laurent, et s'en tient aux faits bruts. On rappelle que l'homme n'a plus d'activité professionnelle depuis 2014, que son projet d'entreprise n'a jamais dépassé le stade de l'intention, et qu'il a envoyé aucune candidature envoyée depuis des années. Mais surtout, Laurent lui-même reconnaît ne pas pouvoir démarrer quoi que ce soit « avant trois ou quatre ans ».
Sur le fond juridique, le tribunal applique l'article L. 5412-1 du code du travail. Celui-ci nous dit qu'un demandeur d'emploi peut être radié s'il ne prouve pas avoir accompli des démarches concrètes et régulières pour retrouver un emploi ou créer une entreprise. Dans le cas de Laurent, rien dans le dossier ne permet d'établir que son projet est viable ni qu'il a réellement cherché à avancer.
Le 10 avril 2026, le tribunal a donc rejeté la requête de Laurent. La radiation de France Travail est confirmée. Il y a comme une ironie dans tout ça. Celui qui a brandi les concepts les plus avant-gardistes de la technologie (jumeau numérique, neurohacking, nanotechnologies) s'est finalement heurté à quelques lignes d'un code du travail vieux de plusieurs décennies. La tech a perdu.