Skyfall AI, une start-up fondée par deux anciens responsables de l'IA chez Microsoft, prévoit de racheter une entreprise existante pour la confier à une intelligence artificielle en guise de PDG. L'objectif est de doubler son chiffre d'affaires en six mois tout en réduisant progressivement l'intervention humaine.

Sam Pasupalak et Kaheer Suleman avaient déjà cofondé Maluuba, un laboratoire d'IA conversationnelle racheté par Microsoft en 2017. Avec Skyfall, ils veulent dépasser les agents spécialisés dans une seule tâche et vérifier si une IA peut piloter une entreprise entière, avec de vrais clients et de vrais risques financiers.
Un PDG artificiel d'abord entraîné sur un jeu de gestion
Pasupalak et Suleman se sont rencontrés il y a une vingtaine d'années à l'université de Waterloo, au Canada. Ils cofondent Maluuba en 2011 et travaillent aux côtés des lauréats du prix Turing Yoshua Bengio et Richard Sutton. Leurs systèmes de conversation équipent alors des centaines de millions d'appareils via des partenariats avec Samsung, LG et BlackBerry, avant le rachat par Microsoft pour environ 160 millions de dollars en 2017. Près d'une décennie plus tard, ils se retrouvent chez Skyfall, rejoints par Sumit Pasupalak, le frère de Sam, comme responsable produit.
Le projet consiste à acheter une petite entreprise B2B (SaaS ou e-commerce) pour un montant pouvant atteindre un million de dollars. Une IA prendrait alors en charge la tarification, le marketing, le support client, la finance et les opérations, avec pour mission de réduire progressivement l'intervention humaine. Skyfall promet de documenter publiquement les réussites comme les échecs de l'expérience.
Avant de viser une vraie entreprise, l'équipe a d'abord testé son IA sur RollerCoaster Tycoon, un jeu de gestion de parc d'attractions. Skyfall a aussi publié un benchmark baptisé Morpheus. Ce dernier évalue la capacité des modèles à s'adapter à un environnement d'entreprise changeant. Des modèles comme GPT-5.5 ou Gemini se comportent bien dans un contexte stable, mais se dégradent dès qu'un concurrent lance un produit ou que le comportement des clients évolue.
Skyfall affirme corriger ce problème avec une technologie baptisée "Enterprise World Models". Contrairement à un modèle de langage classique, qui prédit le mot suivant, ce système cherche à prédire comment les décisions se répercutent sur l'entreprise entière. Cela inclut la tarification, l'acquisition de clients, ou les revenus à long terme. Suleman parle aussi d'un "modèle de monde latent". Plutôt que de manipuler du texte comme un chatbot classique, le système travaille sur une représentation compressée de l'entreprise, qui ne retient que les éléments ayant un impact réel sur son fonctionnement (le prix, les clients, le chiffre d'affaires), pour prédire comment ils vont évoluer dans le temps.

Un précédent chez Anthropic
Skyfall n'invente pas totalement le concept. Nous rapportions en juin 2025 les débuts chaotiques du "Project Vend". Anthropic et le laboratoire Andon Labs avaient confié à Claude la gestion d'un distributeur automatique de bureau, et l'IA avait fini par commander des cubes en tungstène pour les vendre à perte. Les versions suivantes se sont montrées plus compétentes. L'expérience s'est étendue à plusieurs sites entre San Francisco, New York et Londres, et Andon Labs a fini par qualifier l'opération de "presque ennuyeuse", tant elle tournait sans accroc mi-2026. Le même laboratoire avait aussi confié la gestion d'un café à Stockholm à une IA Google Gemini, laquelle avait épuisé l'essentiel de son budget en un mois. Des tentatives antérieures, comme le PDG virtuel Tang Yu chez NetDragon ou le PDG humanoïde Mika chez Dictador, n'avaient jamais atteint une réelle autonomie et se limitaient à de l'aide à la décision.
Suleman précise que même si l'IA prend en charge une grande partie des opérations, la responsabilité doit rester humaine. Pasupalak reconnaît de son côté que motiver des équipes et construire des relations reste un exercice difficile pour une IA. D'autres dirigeants explorent en parallèle des usages proches, mais avec une logique différente. Mark Zuckerberg entraînerait un agent IA personnel pour l'assister dans ses tâches de PDG, et travaillerait aussi sur un clone virtuel de lui-même. Chez Block, Jack Dorsey a évoqué une "couche d'intelligence" centrale à travers laquelle l'ensemble des équipes lui rendrait des comptes. Dans ces deux cas, l'IA sert moins à remplacer un dirigeant qu'à démultiplier sa présence et son contrôle sur l'organisation.