Le ministère des Armées et celui de l'Intérieur ont signé une convention avec Airbus pour équiper un A400M d'un système de largage de retardant. Ce renfort inédit doit intégrer l'opération Sentinelle contre les feux de forêt dès cet été.

Réputé costaud et increvable, l'A400M est capable de transporter des blindés, de ravitailler des chasseurs en plein vol et de poser ses lourdes cargaisons sur des pistes sommaires, inaccessibles aux gros-porteurs à réaction. Depuis le 17 juillet, une convention signée entre les ministères de l'Intérieur et des Armées, rendue publique ce jeudi 23 juillet, lui confère un nouveau rôle, avec Airbus comme partenaire technique. L'idée est de transformer en fonction des besoins ce transporteur militaire en largueur de retardant, capable d'emporter vingt tonnes de produit là où les Canadair et les Dash opèrent aujourd'hui.
L'A400M, un avion militaire taillé pour les missions extrêmes, qui va prêter main forte pour lutter contre les incendies
L'A400M, développé par Airbus, est un avion de transport militaire à quatre turbopropulseurs capable d'emporter jusqu'à 37 tonnes de charge, avec un objectif d'extension à 40 tonnes. Sa vitesse de croisière, autour de Mach 0,70, rivalise avec celle d'un avion de ligne, une performance rare pour un appareil à hélices qui lui permet de rallier rapidement des théâtres d'opérations éloignés. Le programme, lancé il y a un peu plus de trois ans, totalise près de 200 commandes venues de dix pays, dont la France, l'Allemagne, le Royaume-Uni ou encore l'Espagne. Il cumule plus de 200 000 heures de vol à travers le monde, selon les chiffres communiqués par Airbus.
Sa soute, gigantesque, affiche 340 mètres cubes de volume pour une section de 4 mètres sur 4. De quoi « avaler » des véhicules blindés, des hélicoptères comme le NH90 ou encore du matériel de génie civil, là où les avions tactiques classiques doivent renoncer. Cette soute peut aussi se transformer en hôpital volant, et accueillir jusqu'à 66 civières en configuration d'évacuation médicale. L'A400M peut ensuite se poser sur des pistes courtes et non préparées, sable, gravier ou herbe, sur moins de 750 mètres.

Côté motorisation, ses quatre Europrop TP400 restent les turbopropulseurs les plus puissants jamais construits en Occident, avec des hélices contrarotatives qui améliorent la maniabilité à basse vitesse. L'appareil peut aussi voler en pilote automatique à seulement 150 mètres d'altitude, de nuit, et larguer jusqu'à 116 parachutistes. Grâce à ses 51 tonnes de carburant embarquées, il fait également office de ravitailleur pour chasseurs et hélicoptères, tout en pouvant lui-même se réapprovisionner en vol. Le cockpit blindé, le pare-brise résistants et les leurres anti-missiles complètent un tableau déjà très flatteur, pour affronter les environnements hostiles.
20 tonnes de retardant larguées par un seul A400M
L'annonce du jour, c'est qu'un A400M sera équipé, à titre expérimental, d'un kit de largage capable de déverser 20 tonnes de retardant en une seule passe, soit l'équivalent de deux Dash réunis. Les premiers essais avaient déjà eu lieu en avril 2025 à Nîmes, avec la Direction générale de la sécurité civile et de la gestion des crises, pour tester notamment la pose de lignes de retardant en amont des incendies.
La qualification des équipages militaires, elle, a déjà débuté le 20 juillet, et les premiers vols opérationnels pourraient intervenir sous une dizaine de jours seulement. L'appareil viendra ainsi renforcer l'opération Sentinelle feux de forêts, intégrée au protocole interministériel Héphaïstos, mobilisé chaque été sur l'ensemble du territoire français pour épauler les moyens de la sécurité civile.
L'Airbus A400M sollicité vient renforcer une flotte de 12 Canadair, 8 Dash, 6 Airtractor et près de quarante hélicoptères, entre appareils bombardiers d'eau et flotte départementale, soit 65 vecteurs aériens au total, coordonnés par des avions dédiés au repérage des sinistres. En cas de besoin, la France peut aussi activer le mécanisme européen RESCUE pour mobiliser des renforts supplémentaires venus de nos voisins européens. Un Airbus bienvenu, à l'heure où les incendies se multiplient en France au cœur de l'été.