Terminator 2 revient au cinéma, 35 ans après sa sortie. L'occasion de comparer la robotique de James Cameron à celle de 2026, faite de drones militaires, de robots danseurs maladroits et de sprinters.

En 1991, James Cameron imaginait des machines capables de survivre à l'azote liquide et de déclencher l'apocalypse nucléaire. Trente-cinq ans plus tard, alors que l'iconique Terminator II : Le Jugement dernier ressort au cinéma pour fêter ses 35 ans, la robotique est bien moins spectaculaire. Même s'ils peuvent « courir » vite, les robots humanoïdes actuels galèrent encore à ouvrir une porte, alors même que la vraie révolution se déroule davantage sur les champs de bataille et dans les usines reconverties. Deux roboticiens du CNRS reviennent sur ces avancées et s'interrogent sur les choix politiques qui façonnent aujourd'hui l'intelligence artificielle et la robotique de demain.
En 2026, Skynet aux oubliettes, place aux robots qui trébuchent
Commençons par un petit message d'apaisement : non, le soulèvement des machines n'est pas pour tout de suite. Lors du salon VivaTech à Paris, deux robots danseurs de la start-up RebuildAI ont marqué les esprits en fracassant deux écrans qu'ils n'avaient pas vu venir, un bon buzz pour l'événement, mais un couac pour les afficionados de la robotique. Et malgré les prouesses affichées au grand salon de Pékin cet été, la plupart des robots humanoïdes peinent encore à ouvrir une simple porte un peu lourde. Lors des jeux mondiaux organisés dans la même ville, le record du 100 mètres a pourtant été pulvérisé, mais les « coureurs » ont souvent fini leur épreuve dans un tapis amortisseur, certains prenant même feu. Cela doit faire sourire Arnold Schwarzenegger.
Sur d'autres points, en revanche, la robotique a bel et bien dépassé notre anatomie. Le dernier Atlas de Boston Dynamics peut tourner la tête à 360 degrés, là où nos cervicales nous limitent à 180. Lui peut surveiller ses arrières sans se retourner, grand bien lui fasse. Reste que le pouvoir de régénération du T-1000, capable de recomposer son corps éclaté après une congélation à l'azote liquide, n'a sans grande surprise pas d'équivalent dans la réalité. Les chercheurs eux-mêmes rappellent qu'aucun robot ne sait encore imiter la capacité du corps humain à s'auto-réparer après une blessure.
Et l'intelligence artificielle dans tout ça, incarnée à l'écran par le sinistre Skynet ? Depuis 2022, Claude, ChatGPT et ses semblables se sont taillé une place dans le quotidien de centaines de millions de personnes, avec des bonds technologiques impressionnants. Mais imiter le langage humain à la perfection ne signifie pas raisonner comme lui. Sur ce point précis, le débat reste largement ouvert chez les chercheurs.

Le vrai laboratoire de la robotique guerrière : l'Ukraine
Le vrai laboratoire des robots de guerre ne ressemble pas à un T-800 en treillis. Sur le front, en Ukraine, les progrès suivent deux voies distinctes, avec d'un côté des systèmes d'information comme Delta, qui automatisent la coordination du champ de bataille ; et de l'autre, des drones envoyés par milliers et des robots terrestres encore rudimentaires, souvent à roues ou à chenilles et pilotés à distance. L'armée mise en particulier sur des robots quadrupèdes qui, couplés aux drones aériens, lui ont permis, en avril dernier, de remporter une victoire sans un seul soldat au sol. Madyar, le fondateur du corps de drones ukrainien, les surnomme d'ailleurs « la peste noire du troisième millénaire ». Sur le terrain, l'armée a aussi remplacé une partie de ses fantassins par des tracteurs automatisés pour ravitailler la première ligne sous les bombardements.
Cette course à l'innovation, la France essaie d'y prendre part. En France, Renault a reconverti son usine du Mans pour y construire un drone de défense, tandis que l'armée teste son propre robot terrestre, Pendragon, avant un déploiement prévu en 2027. Un mouvement industriel qui interroge tout de même : que deviendront ces lignes de production si les tensions retombent un jour ? Le risque, c'est qu'à force de créer de nouveaux marchés, l'industrie alimente aussi de nouveaux conflits, comme en Afrique, où on observe déjà une multiplication d'affrontements où interviennent des drones, un phénomène mondial que personne, pour l'heure, ne parvient à contrôler.
Reste la question éthique, cœur battant du film. Souvenez-vous, dès 1991, Cameron mettait déjà en garde contre le technosolutionnisme, à travers cet état-major fictif prêt à confier les pleins pouvoirs à Skynet en pleine crise. La leçon que les chercheurs en tirent aujourd'hui est que le développement de la robotique n'est ni neutre ni inéluctable. Non, il résulte de choix politiques et économiques, et la régulation européenne sur l'intelligence artificielle en est la preuve. Ils plaident donc pour poursuivre la recherche en robotique humanoïde, avec des garde-fous clairs. Une pelle bien placée à l'arrière de la nuque suffirait, en théorie, à neutraliser un Terminator, du moins jusqu'à ce qu'un modèle plus perfectionné le remplace, plus vite que prévu.
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