Nokia et Orange France ont testé en conditions réelles la tomographie de réseau, une technologie inspirée du scanner médical. Elle doit permettre de surveiller la fibre optique en quasi-temps réel pour anticiper les pannes.

La fibre optique, artère du réseau que Nokia et Orange France ont appris à ausculter grâce à la tomographie de réseau. © LuvNwp / Shutterstock
La fibre optique, artère du réseau que Nokia et Orange France ont appris à ausculter grâce à la tomographie de réseau. © LuvNwp / Shutterstock

La tomographie de réseau vient de réussir son grand test en conditions réelles, une première mondiale menée par Nokia et Orange France, apprend-on ce jeudi 10 septembre. Un peu comme un scanner à l'hôpital, cette technologie surveille l'état de la fibre optique presque en temps réel, sans avoir besoin d'installer le moindre appareil supplémentaire sur le terrain. Des pannes pourraient ainsi être repérées avant qu'elles ne gênent les clients. Un vrai premier pas vers des réseaux plus intelligents, capables de fonctionner avec l'aide de l'IA.

Orange et Nokia dévoilent une technologie de surveillance de la fibre optique

C'est peu courant, alors commençons par un brin de vulgarisation, pour détailler cette annonce croisée de Nokia et Orange. La tomographie de réseau, comme son nom l'indique, s'inspire directement de l'imagerie médicale. Ici, plutôt que d'ausculter un patient, elle examine les liaisons fibre et les longueurs d'onde qui y circulent, en important et en croisant des milliers de données issues des équipements de transport optique déjà installés sur le réseau. Il n'y a pas besoin d'installer des capteurs supplémentaires aux quatre coins du réseau, car la solution s'appuie sur les équipements en place et les algorithmes maison de Nokia Bell Labs pour en tirer une image fidèle et quasi instantanée du réseau, liaison par liaison.

Très concrètement, l'essai mené avec Orange France a permis de repérer en amont des dégradations de fibre, des erreurs de configuration ou encore des soucis d'amplification, ces petits grains de sable qui finissent par gripper la machine. « La tomographie de réseau insuffle un niveau inédit d'observabilité aux infrastructures optiques », explique Guil Yazdi, VP Client Executive Orange chez Nokia, qui nous convainc du chemin parcouru après des années de mesures ponctuelles.

Forcément, repérer les problèmes plus tôt, c'est aussi une question de fiabilité pour les opérateurs télécoms. En détectant les faiblesses avant qu'elles ne dégradent le service, ils évitent de décevoir leurs clients avec des pannes à rallonge, et respectent leurs engagements de qualité, ce qu'on appelle les accords de niveau de service, ou SLA. L'autre avantage, non négligeable, c'est que le réseau existant peut être exploité plus efficacement, sans avoir besoin d'ajouter de nouveaux équipements sur le terrain.

Vers des réseaux optiques prêts pour l'IA

Chose intéressante à savoir sur cette technologie, elle n'a besoin d'aucun nouvel équipement pour fonctionner. Elle ne s'appuie bien que sur le matériel déjà en place sur le réseau, ce qui évite d'avoir à fabriquer, transporter et installer de nouveaux appareils, et donc de réduire d'autant l'empreinte environnementale de l'opération. Une approche saluée par Christian Gacon, le directeur des Réseaux Broadband chez Orange France, qui y voit « une étape importante vers le futur de l'exploitation des réseaux », capable d'apporter « une plus grande résilience » aux services proposés aux clients

Au-delà de ce test technique, l'automatisation des réseaux télécoms est une tendance de fond que suit Orange France, à mesure que les usages exigent toujours plus de performance. Nokia, qui se présente comme le numéro un mondial des technologies de réseau, considère que cette expérimentation est aujourd'hui essentielle pour préparer la fibre optique à une nouvelle ère, celle de l'intelligence artificielle.

Voilà en tout cas une bonne nouvelle pour Orange, même si cela ne garantit pas, à ce stade, que la technologie de tomographie sera un jour déployée à plus grande échelle, ni si d'autres opérateurs européens lui emboîteront le pas.