L'ESA confie à The Exploration Company un contrat de 760 millions d'euros pour sa capsule Nyx, signé à Paris lors du Sommet spatial international. L'annonce intervient deux jours après une levée de fonds record de 450 millions de dollars.

Vue d'artiste de la capsule Nyx, développée par The Exploration Company, qui doit rejoindre la Station spatiale internationale dans le cadre du contrat ALADDIN signé avec l'ESA. © The Exploration Company
Vue d'artiste de la capsule Nyx, développée par The Exploration Company, qui doit rejoindre la Station spatiale internationale dans le cadre du contrat ALADDIN signé avec l'ESA. © The Exploration Company

L'Agence spatiale européenne (ESA) a officiellement attribué à The Exploration Company jeudi 10 septembre son plus gros contrat de capsule cargo, pour une enveloppe globale pouvant atteindre 760 millions d'euros. Signé en grande pompe à Paris lors du Sommet spatial international, le contrat ALADDIN, fait de la jeune entreprise fondée par Hélène Huby la nouvelle mascotte de l'Europe spatiale. Sa capsule Nyx, conçue pour ravitailler puis redescendre depuis la Station spatiale internationale, embarquera sur une fusée Ariane 6 grâce à un accord signé le même jour avec Arianespace. L'indépendance européenne dans l'espace est de plus en plus concrète.

The Exploration Company enchaîne les records avec un nouveau contrat à 760 millions d'euros

Ce succès de The Exploration Company, c'est un peu l'aboutissement d'un programme lancé par l'ESA dès 2022, le Leo Cargo Return Service, pensé pour donner à l'Europe sa propre capacité à acheminer du fret vers l'orbite basse, sans dépendre d'acteurs extérieurs, Américains notamment. Deux entreprises avaient alors reçu 25 millions d'euros chacune pour poser les premières briques de leurs projets. Le programme a alors été rebaptisé ALADDIN lors du Conseil ministériel de novembre 2025, un acronyme qui met justement l'accent sur l'accélération du calendrier et sur la capacité de la capsule à s'amarrer toute seule, sans intervention humaine, à l'ISS. Le programme est d'ailleurs entré cette année dans sa phase décisive, en étant ouverte aux candidatures en mars dernier.

La valeur totale du contrat signé par The Exploration Compagny s'élève donc à 760 millions d'euros, dont 310 millions pour la mission de démonstration, et jusqu'à 450 millions supplémentaires pour deux missions de service, sous réserve de confirmation. Jamais l'ESA n'avait accordé une telle somme à une entreprise spatiale européenne pour du transport par capsule. Son directeur, Josef Aschbacher, explique que l'agence peut ainsi agir en « client pilier » pour renforcer le secteur spatial commercial européen. Hélène Huby, la très en vogue fondatrice de l'entreprise, est ravie d'avoir décroché un tel contrat, lors d'une compétition ouverte. D'autant plus que sa start-up n'a que cinq ans.

Dans le détail, l'ESA financera 60 % du coût de la mission de démonstration, puisque les 40 % restants ont déjà été bouclés grâce aux investisseurs privés de The Exploration Company. L'autre bonne nouvelle, c'est que la société a aussi signé ce jeudi avec Arianespace pour envoyer sa première capsule Nyx vers l'ISS à bord d'une fusée Ariane 6, qui décollera depuis Kourou, en Guyane. Nyx, qui a mis l'horizon sur 2028, a réussi en Californie un test de largage, qui a permis de valider un élément clé du système de parachutes chargé de freiner la capsule avant son retour au sol.

Hélène Huby (à gauche), cofondatrice et PDG de The Exploration Company, dans une salle blanche de l'entreprise, aux côtés d'une ingénieure travaillant sur des éléments de la capsule Nyx. © The Exploration Company

Après la levée record, The Exploration Company voit encore plus grand

On peut dire que The Exploration Company a le vent en poupe. Deux jours plus tôt à peine, l'entreprise bouclait une levée de fonds de série C de 450 millions de dollars, déjà colossale et co-menée par Bessemer Venture Partners, Atomico et le Scaleup Europe Fund d'EQT, avec à la clé un record pour une société spatiale européenne. Depuis sa création en 2021, l'entreprise a désormais réuni environ 680 millions de dollars auprès d'investisseurs privés.

Cet argent frais doit permettre à Nyx de finaliser son amarrage à l'ISS et son retour sur Terre, tout en accélérant Storm, le futur moteur-fusée réutilisable de la maison, conçu sur le même principe de combustion étagée que les Raptor de SpaceX. En parallèle, TEC a déjà sécurisé environ deux milliards de dollars de contrats de pré-réservation, notamment avec Axiom, Starlab et Vast, pour un total de dix missions cargo à venir.

De quoi installer durablement The Exploration Company dans le paysage spatial mondial, aux côtés d'acteurs bien plus établis. Hélène Huby, qui a fondé sa société avec une équipe venue d'Airbus et d'Ariane, compte désormais 550 salariés répartis entre Bordeaux, Turin, Munich, les États-Unis et les Émirats arabes unis, avec une capsule en cours de certification auprès de la NASA. La jeune pousse n'a plus vraiment le profil d'une start-up, on vous l'accorde. Et l'Europe, elle, tient enfin une alternative à réel potentiel face à la suprématie de l'ogre SpaceX.