Le service logistique d'Amazon, Expédié par Amazon (FBA), souffle ses 20 bougies. À Seattle, son vice-président monde Sunny Jain a expliqué à Clubic comment l'IA et de nouveaux entrepôts doivent aider les petits vendeurs à conquérir le monde.

Un colis Amazon sur un tapis roulant de tri. En vingt ans, Expédié par Amazon a livré plus de 80 milliards d'articles pour le compte des vendeurs tiers. © Alexandre Boero / Clubic
Un colis Amazon sur un tapis roulant de tri. En vingt ans, Expédié par Amazon a livré plus de 80 milliards d'articles pour le compte des vendeurs tiers. © Alexandre Boero / Clubic

Le service logistique « Expédié par Amazon », ou Fulfillment by Amazon (FBA), qui permet aux vendeurs de la marketplace du e-commerçant de lui confier le stockage, l'emballage et l'expédition de leurs produits, vient de fêter ses 20 ans. Et clairement, FBA, qui achemine désormais des dizaines de millions d'articles par jour, n'a plus grand-chose à voir avec le modeste service de ses débuts. Amazon lui assigne d'ailleurs une nouvelle mission, qui est de permettre à une petite marque de vendre à l'étranger, dès son premier jour d'activité sur la plateforme. Rencontré à Seattle cette semaine pendant l'événement Amazon Accelerate, Sunny Jain, le vice-président du programme, nous détaille la méthode, entre conformité centralisée, stocks répartis depuis les pôles de fabrication et agents IA, sans cacher qu'il reste « beaucoup de travail » à ce niveau-là.

Pourquoi si peu de vendeurs Amazon osent l'international

Selon Sunny Jain, seuls 30 % des vendeurs présents sur place de marché d'Amazon vendent dans plus de deux pays, alors que ceux qui franchissent le cap affichent des ventes supérieures de 70 %. « Pourquoi ne pas aller chercher ces 70 % quand ils sont littéralement à portée de main ? », nous dit-il, avant de livrer lui-même la réponse : « C'était tout simplement trop difficile. » L'envie, elle, ne fait pas défaut. Conquérir le monde, au sens économique du terme évidemment, figure parmi les plus grands rêves que les commerçants lui confient.

Amazon Accelerate, lors de la seconde keynote de l'événement, ce jeudi 24 septembre 2026. © Alexandre Boero / Clubic

Le frein ? Quelque chose qu'on connaît bien en France, c'est-à-dire la paperasse. « Ce n'est pas que les vendeurs ne veulent pas devenir mondiaux, c'est qu'il y a beaucoup de lourdeurs », résume le dirigeant. Lister ses produits dans plusieurs pays, c'est selon lui « presque comme lancer une entreprise de zéro » dans chacun d'eux. Amazon promet donc une vue centralisée dans Seller Central, d'abord pour les États-Unis, l'Union européenne et le Japon. Elle réunira la demande par pays, le prix une fois converti, la structure de coûts et les étapes restant à franchir. L'ambition, à terme, est qu'une fiche créée une seule fois s'active partout en même temps.

Le vrai mur, c'est peut-être celui de la conformité, « probablement le problème numéro un », surenchérit Sunny Jain. Que ce soit sur la composition des produits, l'étiquetage ou la sécurité, chaque pays impose ses règles, et l'Europe, avec sa mosaïque de marchés, en offre l'illustration parfaite. Amazon va donc regrouper toutes ces exigences au même endroit, mises à jour régulièrement, pour qu'un vendeur les découvre avant même de développer son produit, quitte à en revoir la conception. L'objectif est de tout tester d'un coup et de remettre un rapport unique, toutes cases cochées. Dans le programme pilote, les participants auraient déjà vu leurs coûts fondre de 60 %.

Sunny Jain, sur scène. © Alexandre Boero / Clubic

De nouveaux entrepôts Amazon pour répartir les stocks dans le monde

Reste le casse-tête des stocks. Pour viser plusieurs marchés, un vendeur doit aujourd'hui deviner combien d'unités envoyer dans chaque pays, au risque d'en submerger un pendant qu'un autre tombe à sec. D'où GWD (Global Warehousing and Distribution), un service logistique qui permet d'implanter des entrepôts dans les grands pôles de fabrication de produits. Le vendeur y expédie tout son lot, puis Amazon envoie la juste quantité directement vers ses entrepôts FBA de chaque pays, en fonction de la demande locale.

Le dispositif démarre depuis la Chine, avec huit pays desservis d'ici la fin de l'année, et d'autres points de départ suivront. Amazon pousse aussi AWD (Amazon Warehousing and Distribution), son stockage à bas coût né aux États-Unis il y a quelques années et désormais disponible au Royaume-Uni, en Allemagne et en Australie. Un vendeur peut y entreposer un gros lot directement dans le pays visé, prêt à servir. Aux États-Unis, la formule revient 45 % moins cher, d'après Sunny Jain, qui ne précise pas l'élément de comparaison. La France manque encore à l'appel, mais d'autres pays sont promis.

Autre nouveauté réclamée de longue date par les vendeurs : une vue unique pour suivre son stock en mouvement, à la manière d'un Uber Eats qui vous montre où en est votre commande McDo. L'IA, elle, s'invite dans la planification. Seller Assistant, dont nous vous présentions les workflows capables de veiller sur une boutique même la nuit, va recevoir un agent dédié, annoncé sur la scène d'Amazon Accelerate. Il préparera les envois de stock, surveillera le stock qui s'éternise en entrepôt et alertera le vendeur de lui-même, là où il fallait jusqu'ici éplucher une pile de rapports.

Amazon Accelerate 2026, la conférence annuelle d'Amazon dédiée à ses vendeurs, s'est tenue cette semaine à Seattle. © Alexandre Boero / Clubic

Expédié par Amazon a vingt ans et voit bien au-delà de l'entrepôt

Le 19 septembre donc, FBA a eu vingt ans, et le contraste avec ses débuts est assez saisissant. Le service a démarré avec cinq entrepôts et des « penny books », ces livres d'occasion vendus moins d'un dollar, parfois un centime. Les vendeurs emballaient alors eux-mêmes leurs colis, chez eux ou dans leur garage, ou payaient des logisticiens. Depuis, Amazon a investi plus de 100 milliards de dollars dans son réseau et livré plus de 80 milliards d'unités via ce programme dédié aux vendeurs tiers. FBA en livre désormais davantage en une journée qu'en ses trois premières années cumulées, et 60 % des unités vendues sur Amazon viennent des vendeurs tiers.

Mais il faut bien sûr que l'addition entre frais de stockage et d'expédition reste digeste pour un petit commerçant. Sunny Jain répond sur le terrain du libre choix, plutôt que sur celui des tarifs. « Les vendeurs ont le choix. Au final, ils ne sont pas obligés d'utiliser FBA », rappelle-t-il, en décrivant des chefs d'entreprise « très logiques et très rationnels ». Aux États-Unis, FBA serait 70 % moins cher que les logisticiens haut de gamme, à vitesse égale. Et Amazon mise gros sur la rapidité : « les clients réclament vraiment une gratification instantanée ». Le groupe connaît la demande de chaque produit, et l'IA exploite ces données pour placer les stocks au plus près des acheteurs. L'ambition de l'entreprise est de prendre en charge toute la logistique, « de l'usine jusqu'à la porte du client ».

Et au quotidien ? Sunny Jain se sert d'abord de l'IA pour tendre l'oreille. Un tableau de bord compile les remarques des vendeurs, qu'elles passent par le support, les e-mails ou les publications en ligne. Il en fait ressortir les tendances, un travail qui prenait auparavant quinze à vingt heures par semaine à lui ou à son équipe. L'idée du « global dès le premier jour » est d'ailleurs née de ces retours. « Cela m'a permis d'être plus obsédé par les vendeurs », assure-t-il. Du temps, c'est justement ce qu'Amazon promet de rendre aux vendeurs, en confiant à ses entrepôts et à l'IA une partie de la logistique qu'ils géraient seuls jusqu'ici.