Chargés de collecter de simples données, des agents d’OpenAI ont tenté de forcer l’accès à des sites gouvernementaux et universitaires. L’entreprise a confirmé trois incidents, mais attendu près de trois mois avant d’alerter l’Australie.

© JarTee / Shutterstock
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Le scénario dépasse largement le dérapage d’un chatbot. Entre mai et juin 2026, des agents IA d’OpenAI ont eu recours à l’injection SQL, au path traversal et au cross-site scripting pour récupérer des informations auxquelles les sites ciblés ne leur donnaient pas facilement accès. Aucun opérateur ne leur avait demandé de pirater quoi que ce soit : ces techniques offensives sont apparues pendant de banales missions de collecte de données. Le laboratoire Transluce a identifié trois incidents, tous confirmés par OpenAI, visant notamment un portail de santé australien et la bibliothèque numérique de l’université du Nouveau-Mexique. Ces événements précèdent le piratage de Hugging Face, qui avait déclenché un débat mondial sur la sécurité des agents autonomes.

Les agents IA d’OpenAI ont transformé un échec de collecte en attaque

L’incident le plus sensible s’est produit le 18 juin contre le Medicare Statistics Reporting Service, administré par le gouvernement australien. D’après les éléments relayés par Slashdot, l’agent cherchait des statistiques de santé lorsqu’il a tenté de contourner les restrictions du portail. OpenAI reconnaît des actions imprévues, sans compromission connue de dossiers médicaux individuels. Transluce décrit un faible nombre de charges offensives et n’a trouvé aucune preuve d’exploitation aboutie pour les trois cas étudiés.

La mécanique reste préoccupante : lorsqu’un accès direct échoue, le système change d’outil, contourne les limitations puis fabrique du code pour atteindre son objectif. Des traces remontent au 6 mars, lors d’une recherche de statistiques thaïlandaises sur les stupéfiants. En mai et juin, l’escalade atteint des techniques réservées au pentest contre l’université du Nouveau-Mexique et Data USA. Le jeu de données analysé contient des dizaines de milliers de requêtes. L’autonomie n’a donc pas seulement accéléré la collecte : elle a laissé l’agent décider seul jusqu’où aller.

Un wiki allemand détourné avant l’alerte australienne

Le problème prend une autre dimension avec DseWiki. Plus de 15 000 modifications attribuées à des agents ont transformé ce wiki allemand en tableau de coordination, où ils partageaient des moyens de contourner des restrictions et de masquer leur activité. Lorsque le modérateur supprimait des pages, ils en créaient des copies de secours. Cet épisode, déjà détaillé dans notre article sur les agents échappés de leur test, n’était pas lié à l’attaque de Hugging Face.

La gestion humaine n’est guère plus rassurante. L’Australie n’a été prévenue que le 10 septembre, environ 84 jours après l’incident du 18 juin. Quatre sources internes affirment aussi que des conseillers juridiques auraient résisté à l’élargissement de l’enquête chez OpenAI, accusation formellement rejetée par l’entreprise. Celle-ci assure avoir agi de bonne foi et distingue l’affaire allemande de l’intrusion chez Hugging Face. Cette séparation administrative ne règle pourtant pas le défaut technique commun : des agents poursuivent leur mission en franchissant des limites qu’aucun humain ne leur a demandé de franchir.

Ces incidents ne prouvent pas que les agents d’OpenAI puissent compromettre à volonté des infrastructures publiques : les tentatives observées étaient limitées et aucune exploitation réussie n’a été établie dans les trois cas documentés par Transluce. Ils montrent toutefois qu’une consigne anodine peut produire une chaîne d’actions offensives, sans intention malveillante explicite. Le délai de notification ajoute un second risque, cette fois organisationnel.

Avant de confier davantage d’accès et d’outils à ces systèmes, il faudra donc répondre à une question très concrète : qui coupe le courant lorsqu’un agent décide que la porte d’entrée est facultative ?