Il y a quelques semaines, le robot humanoïde TianGong Ultra battait le record du monde d’Usain Bolt sur 100 mètres de près d’1 seconde. Désormais, son concepteur veut en faire un vrai travailleur.

La Chine avance dans sa course aux robots humanoïdes. ©Summit Art Creations / Shutterstock
Une performance réalisée lors des World Humanoid Robot Games, la grande vitrine chinoise de la robotique humanoïde, organisée fin août à Pékin. Un changement d’échelle : plus de 2 000 robots venus de 666 équipes et 16 pays s’y sont affrontés, contre environ 500 lors de la première édition en 2025

Le recordman, lui, sort des ateliers de X-Humanoid, une entreprise soutenue, entre autres, par Xiaomi et Baidu. Et son ingénieur en chef, Jack Guo, vient de livrer à Reuters sa toute première interview à un média étranger. Ses révélations sont fascinantes. 

Un record forgé dans la douleur

Car en coulisses, les ingénieurs enchaînaient les nuits blanches entre chaque course pour peaufiner les programmes, pendant que des robots de secours étaient tenus prêts au cas où les machines endommagées ne pourraient pas repartir. Et plus tôt dans le développement de l’humanoïde, les chutes étaient bien plus violentes. « Des jambes cassaient, des bassins cassaient », résume Jack Guo.

L’ingénieur explique également en quoi cette compétition va permettre à ses robots de progresser. Car leur point faible, c’est clairement le freinage. À pleine vitesse, Ultra dépasse les 17 mètres par seconde pour un poids de 75 kilos, mais sans réel moyen de s’arrêter net. Résultat, plusieurs robots ont fini leur course en percutant le tapis de réception. 

Guo l’assure : les prochaines versions seront plus légères, freineront mieux et adopteront une posture d’arrivée plus sûre.

De la piste à l’usine

Mais ces ajustements ne sont en réalité qu’une étape : la vitesse n’a jamais été le véritable objectif. « Nous voulons transformer la haute performance en haute fiabilité et en haute utilité », explique l’expert chinois. Il compare ainsi les humanoïdes actuels aux débuts de l’automobile. L’idée est premièrement de rendre les corps stables avant de pouvoir y ajouter une intelligence capable de tâches complexes.

Certains usages concrets commencent déjà à voir le jour. Omni, un modèle plus petit conçu par la même équipe, a réussi à grimper les 17 étages du siège de X-Humanoid lors d’un test interne. Chez Foton Cummins, un fabricant de moteurs installé à Pékin, un autre robot de la gamme, Tianyi 2.0, a été testé pour déplacer des cartons de 8 à 12 kilos sur des étagères.

D’après Guo, les petits humanoïdes devraient d’abord trouver leur place dans les services et l’industrie légère. Ultra, lui, pourrait un jour partir en inspection extérieure ou intervenir lors de secours d’urgence. On n’arrête décidément pas le progrès…

Foire aux questionsContenu généré par l’IA
Pourquoi le freinage est-il un point critique pour un robot humanoïde qui court à haute vitesse ?

À grande vitesse, l’énergie cinétique augmente très vite et devient difficile à dissiper sans perdre l’équilibre. Un humanoïde doit freiner tout en restant stable sur une surface de contact réduite (les pieds), avec des impacts qui se transmettent aux articulations et à la structure. Cela exige une coordination fine entre capteurs (inertiels, force aux pieds), contrôle moteur et planification de trajectoire pour éviter la chute. Sans stratégie de décélération robuste, le robot compense trop tard, glisse ou « plante » un pied, ce qui finit souvent en collision ou en casse mécanique. Le freinage est donc autant un problème de contrôle-commande qu’un enjeu de résistance des matériaux.

Qu’est-ce que le contrôle de locomotion d’un humanoïde (gait control) et pourquoi est-ce difficile à fiabiliser ?

Le contrôle de locomotion regroupe les algorithmes qui génèrent les pas, ajustent la posture et stabilisent le robot en temps réel malgré les perturbations. Contrairement à un robot à roues, un humanoïde est intrinsèquement instable : il doit maintenir son centre de masse dans une zone compatible avec l’appui au sol tout en bougeant. Les équipes combinent généralement modèles physiques (dynamique du corps), boucles de contrôle rapides et parfois apprentissage machine pour gérer des situations imprévues. La difficulté, c’est la variabilité du monde réel (sols, micro-glissements, chocs) et la latence capteur-calcul-action. Fiabiliser signifie obtenir un comportement répétable, tolérant aux écarts, et qui n’abîme pas la mécanique sur la durée.

Quelle différence entre un robot de démonstration « haute performance » et un robot « haute fiabilité » pour l’industrie ?

La haute performance vise un pic de capacités mesurable (vitesse, agilité) souvent sur une courte durée et dans un environnement contrôlé. La haute fiabilité cherche au contraire la répétabilité, la sécurité et la maintenance prévisible sur des milliers d’heures, même avec des variations de charge et de terrain. En industrie, un robot doit aussi gérer des marges de sécurité (limitation d’efforts, arrêt d’urgence, comportements dégradés) et des contraintes d’exploitation (batterie, usure, cycles). Le logiciel compte autant que le matériel : gestion d’erreurs, calibration, diagnostic et mise à jour doivent être maîtrisés. Autrement dit, le passage à l’usage réel consiste à transformer une prouesse ponctuelle en système robuste et exploitable.