La Corée du Nord dit avoir testé samedi un missile stratégique à portée intermédiaire intégrant de l'intelligence artificielle. Une affirmation de Kim Yo Jong, sœur de Kim Jong Un, que les experts se gardent encore de valider.

Le missile balistique tiré samedi matin par la Corée du Nord depuis la région de Wonsan embarquerait de l'intelligence artificielle, selon Pyongyang. Détecté par l'armée sud-coréenne, l'engin aurait parcouru plus de 700 kilomètres avant que Kim Yo Jong ne le présente comme un missile à portée intermédiaire capable de changer de trajectoire. Ce tir intervient en pleine crise entre les deux Corées, après l'explosion de mines dans la zone démilitarisée.
Un missile à l'IA nord-coréen qui ferait des ricochets
Quelques heures après le tir, Kim Yo Jong, la sœur du dirigeant et cadre du parti au pouvoir en Corée du Nord, a livré la version officielle. Ce missile stratégique à portée intermédiaire pourrait changer de trajectoire à basse altitude et embarquerait de l'IA. Selon elle, il serait impossible d'y échapper. L'exercice, mené par une unité de feu vouée à une « mission spéciale », aurait été supervisé par Kim Jong Un en personne. Toujours selon sa sœur, celui-ci est convaincu qu'aucun pays n'accédera à une telle technologie avant plusieurs années au moins.
Kim Yo Jong vante aussi un « mode de trajectoire en vague ». Au lieu de suivre la courbe régulière, et donc prévisible, d'un missile balistique classique, l'engin enchaînerait les descentes et remontées, tel un galet qui ricoche sur l'eau. Elle poursuit en indiquant que l'adversaire perdrait sa trace dès le premier « rebond ». Pour preuve, elle affirme que les distances de vol annoncées par Séoul et Tokyo trahissent leurs difficultés à suivre le missile. Elle les invite même à « reconnaître » sa vitesse, sans jamais la chiffrer, et n'explique pas davantage ce que fait concrètement l'IA à bord.
De son côté, l'armée voisine sud-coréenne assurait dès le matin partager étroitement ses données avec Washington et Tokyo. Ces annonces donnent une certaine résonance en tout cas aux propos tenus le mois dernier par Kim Jong Un, qui réclamait davantage d'IA dans les armes de son pays.
IA ou intox ? Il est prudent, pour le moment, de temporiser
Les spécialistes, à cette heure, très restent prudents. L'intelligence artificielle aide à gagner du terrain dans les armées du monde entier. Elle aide à traiter les informations sur les cibles ou à conduire les lancements, et les guerres en Ukraine et en Iran ont montré l'intérêt de l'associer aux drones et aux missiles. Mais doit-on croire Pyongyang, dont la technologie reste en retrait des grandes puissances ? Un missile qui manœuvre en fin de course est plus dur à intercepter, sans pour autant garantir une précision parfaite. Les experts qui ont déjà évoqué le sujet affirment néanmoins qu'avec l'aide militaire russe, en échange des troupes envoyées soutenir Moscou contre l'Ukraine, la Corée du Nord pourrait très vite progresser.
Sans parler d'escalade, le contexte n'est pas ultra positif. Le mois dernier, une explosion dans la zone démilitarisée séparant les deux nations coréennes a blessé trois soldats sud-coréens. Séoul et le Commandement des Nations unies l'imputent à des mines nord-coréennes posées côté sud de la frontière. Selon le ministre de la Défense local, Kang Shin-chul, elles auraient été installées lors des travaux de fortification de la frontière.
Pas plus tard que Vendredi, Kim Yo Jong a prévenu que la Corée du Nord était prête à tout. Le lendemain matin, le missile décollait donc. Pour le moment, la France ne semble pas avoir officiellement réagi au tir annoncé par Puongyang.