Pour accélérer les échanges de données dans les centres de calcul d’IA, Marvell veut mettre la main sur le spécialiste des lasers Lumentum. Le rachat, évalué à 115 milliards de dollars et entièrement réglé en actions, réunirait deux entreprises déjà soutenues par NVIDIA.

Quand les distances et les débits augmentent, les connexions en cuivre deviennent plus contraignantes et l’optique prend davantage de place. ©Vershinin89 / Shutterstock
Quand les distances et les débits augmentent, les connexions en cuivre deviennent plus contraignantes et l’optique prend davantage de place. ©Vershinin89 / Shutterstock

Le cuivre approche de ses limites dans les grandes infrastructures d’IA, et Marvell mise sur la lumière pour prendre le relais. Le spécialiste des semi-conducteurs a signé un accord pour absorber Lumentum qui fabrique une partie des composants optiques nécessaires aux échanges de données. Ce rapprochement à 115 milliards de dollars renforcerait considérablement son offre face à Broadcom.

Un échange d’actions et une opération encore loin d’être bouclée

Chaque titre Lumentum sera échangé contre 4,5 actions Marvell. Sur la base des cours de clôture du 28 octobre, avant les premières fuites, ce rapport valorisait chaque action Lumentum à environ 1 132 dollars, soit une prime de 23,9%. Au terme de l’opération, les actionnaires de Marvell conserveraient environ 67% du capital, contre 33% pour ceux de Lumentum.

Les 115 milliards annoncés correspondent à une valorisation dette comprise. La valeur des seuls titres atteint 102,54 milliards de dollars selon Reuters, cité par The Next Web. L’accord a reçu l’approbation unanime des deux conseils d’administration, mais doit encore passer devant les actionnaires et les régulateurs. Sa finalisation est attendue au premier semestre 2028. Matt Murphy, le PDG de Marvell (pas le guitariste des Blues Brothers), resterait à la tête du groupe alors que trois administrateurs de Lumentum, dont son patron Michael Hurlston, rejoindraient le conseil d’administration.

Des puces aux lasers, Marvell veut maîtriser toute la liaison

Les performances d’un centre de calcul dépendent aussi de la vitesse à laquelle ses puces échangent des données. Quand les distances et les débits augmentent, les connexions en cuivre deviennent plus contraignantes et l’optique prend davantage de place. Marvell conçoit déjà des puces d’IA sur mesure, des commutateurs réseau et des solutions d’interconnexion. Lumentum lui apporterait les lasers et les émetteurs-récepteurs optiques (transceivers), ces modules qui assurent l’émission et la réception des signaux lumineux.

Ce dernier fabrique également des commutateurs optiques, ou OCS, qui aiguillent ces liaisons. Marvell se fournit d’ailleurs déjà en lasers auprès de lui, selon Bloomberg. Le rachat lui donnerait surtout davantage de maîtrise sur les capacités de fabrication de composants en phosphure d’indium, un matériau semi-conducteur utilisé notamment dans les lasers et dont la production est devenue un frein au déploiement des infrastructures d’IA.

Les directions des deux entreprises estiment pouvoir viser un marché de 550 milliards de dollars et dégager plus d’un milliard de dollars d’économies annuelles. Elles prévoient également un effet positif sur le bénéfice par action ajusté de Marvell dès la première année.

NVIDIA est déjà actionnaire des deux entreprises

L’accueil boursier a pourtant été froid, pour ne pas dire glacial. En préouverture ce lundi, Lumentum reculait d’environ 6,5% et Marvell de 3%. Depuis les premières fuites, les baisses de valeur atteignent respectivement environ 8% et 22%, rapporte Reuters, dans un secteur également secoué par les prévisions décevantes d’Intel.

NVIDIA suit l’opération d’une position particulière puisqu’elle a investi cette année 2 milliards de dollars dans chacune des deux sociétés. Le rapprochement réunirait donc deux de ses participations. Pour Marvell, il s’inscrit aussi dans la concurrence avec Broadcom, partenaire majeur de Google dans les puces sur mesure. Marvell a lui-même signé en août un accord avec Google pouvant représenter jusqu’à 120 milliards de dollars de ventes d’ici à son exercice de 2033.

Une proposition américaine visant à interdire les nouveaux émetteurs-récepteurs optiques chinois pourrait par ailleurs favoriser Lumentum face à Zhongji Innolight. Entre les besoins de calcul et les contraintes d’approvisionnement, les connexions deviennent une bataille à part entière dans l’IA. Marvell vient de miser 115 milliards de dollars. À qui le tour ?

Source : The Next Web

Foire aux questionsContenu généré par l’IA
Pourquoi les interconnexions optiques remplacent-elles le cuivre dans les grands centres de calcul d’IA ?

Dans un datacenter IA, la limite ne vient pas seulement des puces, mais aussi de la capacité à déplacer des données très vite entre serveurs, GPU et switches. Le cuivre devient pénalisant quand les débits montent (pertes, interférences, consommation électrique et dissipation thermique), surtout sur des distances plus longues dans la baie ou entre racks. La fibre optique transporte l’information sous forme de lumière avec moins d’atténuation et permet d’atteindre des débits plus élevés sur des portées plus grandes. Résultat : l’optique aide à tenir les objectifs de performance tout en maîtrisant la consommation par bit transporté.

À quoi sert un transceiver optique (émetteur-récepteur) dans un réseau de datacenter ?

Un transceiver est le module qui convertit les signaux électriques d’une puce réseau (switch, carte d’interface, accélérateur) en signaux lumineux, et fait l’opération inverse à l’arrivée. Il intègre typiquement des lasers (côté émission) et des photodiodes/électroniques de réception, avec des fonctions de modulation et de correction d’erreurs selon les standards utilisés. C’est un composant clé pour relier des équipements à très haut débit (par exemple 400G, 800G et au-delà) via fibre optique. Les contraintes de coût, de rendement énergétique, de fiabilité et de capacité de production en font un point de tension majeur quand les volumes IA explosent.

Pourquoi le phosphure d’indium (InP) est-il stratégique pour les lasers et l’optique des datacenters IA ?

Le phosphure d’indium est un matériau semi-conducteur utilisé pour fabriquer des lasers et des composants photoniques efficaces aux longueurs d’onde courantes des télécoms (notamment autour de 1,3 à 1,55 µm), adaptées à la fibre. Il permet de produire des sources lumineuses et des modulateurs performants, indispensables aux transceivers haut débit. Sa fabrication est complexe, avec des chaînes industrielles spécialisées et des capacités qui peuvent devenir un goulot d’étranglement. Contrôler davantage cette filière peut sécuriser l’approvisionnement et accélérer le déploiement d’infrastructures optiques dans les datacenters IA.