ChatGPT a rempli mon panier Carrefour sans erreur pendant que je continuais à travailler. Mais entre la préparation, les demandes d’autorisation et le quota consommé, est-ce vraiment bien raisonnable ?

Une flèche qui se déplace toute seule dans le navigateur, ouvre les fiches produits et ajoute les articles au panier : voilà un spectacle auquel on ne s’habitue pas immédiatement. Les gestes sont familiers, ce sont ceux qu’on effectue à chaque commande. Sauf que cette fois, quelqu’un semble faire les courses à ma place.
Pendant que je continuais à travailler, je pouvais regarder ChatGPT avancer dans ma liste. On a beau savoir qu’une IA pilote le navigateur, voir le curseur se débrouiller sans nous tient presque de la sorcellerie. Et lorsqu’on retrouve les bonnes références dans le panier, l’envie de lui confier cette corvée devient assez facile à comprendre.
Pour des raisons d’organisation personnelles, je souhaitais transférer une liste de courses d’un drive Leclerc à Carrefour, puis la compléter avec quelques produits supplémentaires. Les marques étaient choisies, les quantités définies. Il restait à retrouver les bonnes références et à les ajouter au panier, une activité dont personne ne regrettera les clics. Et, au passage, ça faisait une expérience idéale pour mettre à l’épreuve l’IA sur une tâche ingrate du quotidien.
ChatGPT s’en est chargé avec son navigateur intégré. Et puisque tout était bon à l’arrivée, il serait tentant d’en rester là : une corvée de moins, merci et à la semaine prochaine. Seulement, le service rendu mérite de regarder un peu plus loin que le panier rempli.
Un panier impeccable, à condition de préparer le terrain
Pour commencer, j’ai fourni un fichier et sept captures d’écran. Les images contenaient les références et les quantités à respecter ; les liens servaient à orienter les recherches. Rassembler et envoyer ces éléments m’a pris moins de cinq minutes.
Ce point compte. Ma liste existait déjà sous une forme exploitable. S’il avait fallu tout écrire, préciser les marques, vérifier les correspondances et noter les quantités, j’estime que la préparation aurait plutôt demandé un quart d’heure au bas mot, sans compter les allées et retours dans les placards pour vérifier les stocks. Une bonne partie du bénéfice aurait disparu avant même le premier ajout.
Les consignes étaient strictes : aucune substitution, aucun doublon, et la conservation des produits déjà présents dans le panier. L’assistant pouvait naviguer et ajouter les articles, mais ni valider la commande ni payer.
Un premier passage a laissé plusieurs produits de côté, faute de disponibilité ou de correspondance exacte. J’ai alors changé de magasin drive pour compléter les courses. Le navigateur affichait encore l’ancien magasin : il a fallu lui préciser lequel utiliser avant de reprendre.
Nouvel essai et à l’arrivée, aucune erreur constatée. ChatGPT avait correctement lu les captures, retrouvé les références et respecté les quantités. Pour un outil auquel on reproche régulièrement de prendre quelques libertés avec les consignes données, le résultat mérite d’être souligné.
L’intérêt est très concret : j’ai évité une série de recherches et d’ajouts répétitifs. Tout le monde n’a pas besoin qu’un assistant invente ses menus ou lui explique comment manger des légumes. Retrouver le bon paquet dans un catalogue suffit largement.
Trente minutes pour terminer, du temps disponible pour travailler
Avec les réglages, l’expérience m’a pris environ une demi-heure, de l’écriture du prompt à la validation de ma commande. J’estime que le même panier m’aurait demandé une vingtaine de minutes en procédant moi-même, avec une partie des références dans mes produits habituels et quelques recherches pour les achats occasionnels.
À première vue, l’affaire semble donc assez mal engagée : faire intervenir une IA m'a fait théoriquement perdre du temps.
Mais cette comparaison oublie ce que je faisais pendant que l’IA remplissait mon chariot. J’ai pu continuer à travailler, tout en regardant le navigateur avancer dans mes courses. Les trente minutes n’ont pas été trente minutes passées à chercher mes produits. Le panier a mis davantage de temps à être prêt, mais j’ai récupéré une partie de ce temps pour autre chose.
Voilà un bénéfice qui ne s’explique pas par le seul chronomètre. Un lave-vaisselle aussi prend son temps ; cela n’empêche pas d’apprécier de lui confier le nettoyage de ses assiettes.
La différence, c’est que ChatGPT demande encore qu’on revienne vers lui. J’ai dû donner un nombre incalculable d’autorisations pour la connexion à Carrefour, l’accès aux différentes pages de l’espace client et la prise de contrôle du site. Même en autorisant toutes les commandes, il restait des interventions à effectuer.
C’est casse-pieds, mais nécessaire. Un assistant qui agit dans un compte client doit rencontrer des limites. La commodité du service ne justifie pas de lui ouvrir toutes les portes, au risque de compromettre vos données personnelles. Ces interruptions font néanmoins partie de l’expérience. Elles permettent de travailler entre deux sollicitations, sans complètement oublier les courses en cours.
Dans mes essais avec Siri AI et Alexa+, certaines demandes nécessitaient de reprendre un travail inachevé. Ici, ChatGPT a bien exécuté la tâche. La question devient donc plus exigeante : une fois la fiabilité au rendez-vous, le confort est-il suffisant pour changer ses habitudes ?
Le panier se remplit, le quota se vide
Le point qui refroidit le plus l’enthousiasme se trouve finalement du côté de l’abonnement. Pendant cette opération, j’ai constaté que près de la moitié de mon quota ChatGPT Plus sur une fenêtre de cinq heures avait été consommée. Pour retrouver des produits et remplir un panier, cela commence à faire beaucoup.
Cette capacité disponible sert aussi à travailler, chercher, analyser des documents ou préparer des textes. En consacrer une part aussi importante aux courses oblige à faire un arbitrage.
C’est une limite assez particulière de ces nouveaux assistants. Pour déléguer une petite tâche domestique, il faut désormais se demander ce qu’elle laissera comme marge pour les suivantes. La gestion du temps est remplacée par celle des usages auxquels on réserve son quota. Sauf à posséder un abonnement hors de prix, l’équivalent d’un majordome pour une famille aisée.
L’expérience reste impressionnante. Mais le fait qu’un modèle puisse piloter un site marchand ne suffit pas à rendre cette méthode raisonnable pour tous les achats. L’IA a parfois quelque chose du couteau électrique sorti pour couper une tranche de pain : on apprécie la mécanique, puis on regarde ce qu’on avait déjà dans le tiroir.
Le meilleur assistant n’a pas besoin d’intervenir partout
Carrefour propose déjà des listes enregistrées, un historique de commandes et les achats fréquents. Pour refaire un panier habituel, ces fonctions évitent une bonne partie des recherches. C’est avec elles que l’assistant doit rivaliser dans la vie courante.
Mon changement d’enseigne lui donnait ici un travail intéressant. Les habitudes enregistrées chez Leclerc ne retrouvent pas toutes seules leurs équivalents chez Carrefour. Chercher les références une première fois peut justifier de déléguer. Une fois les produits retrouvés et enregistrés, l’intérêt de refaire passer un agent par toutes ces étapes devient moins évident.
Cela pose aussi une question aux sites marchands : serait-il possible de réutiliser plus facilement ses listes d’une enseigne à l’autre ? L’IA sait contourner les obstacles en naviguant à notre place. Simplifier le parcours pourrait parfois nous épargner le recours à toute cette machinerie.
Je pourrais pourtant recommencer pour un petit panier rapide, avec une note de produits fréquemment achetés et déjà prête à envoyer. L’idée de laisser l’assistant s’en occuper pendant que je travaille conserve un attrait évident. Pour un repas entre amis nécessitant des dizaines de produits, je retournerais directement sur le drive : j’irais bien plus vite moi-même.
Ce n’est donc pas le remplissage automatique du panier qui manque d’intérêt. C’est la promesse d’en faire une réponse universelle à nos petites corvées qui demande de lever le pied. Pour lui confier toutes mes courses, j’attendrai tout de même qu’elle soit moins gloutonne en ressources.