C'est une méthode très radicale, et certainement douteuse pour beaucoup. Quand la start-up Thinking Machine Labs a refusé la proposition de rachat de Meta, cette dernière est partie à la chasse pour lui voler ses chercheurs les plus éminents.

C'est un feuilleton qui devient banal au sein de l'impitoyable Silicon Valley, totalement métamorphosée par la course à l'intelligence artificielle (IA). Car pour dominer ce secteur si convoité, les entreprises se sont lancées dans une guerre des talents sans merci, n'hésitant pas à dépenser des millions pour attirer les têtes. Et c'est sans aucun doute Meta qui pousse cette logique à son paroxysme. Thinking Machine Labs en est le parfait exemple, révèle The Next Web.
Meta part à la chasse
Cofondée début 2025 par Mira Murati, ancienne directrice de la technologie d'OpenAI, cette start-up se spécialise dans le développement de systèmes d'intelligence artificielle collaborative et multimodale via une approche transparente et personnalisable. Un succès : valorisée à 12 milliards de dollars, elle serait sur le point d'atteindre les 50 milliards.
De quoi attirer les convoitises de Meta. Dans ses efforts pour devenir un leader de la « superintelligence », l'entreprise de Mark Zuckerberg aurait proposé environ 1 milliard de dollars pour racheter Thinking Machines Lab, une offre refusée par Murati. Qu'à cela ne tienne : Meta a alors changé de stratégie en débauchant méthodiquement les membres fondateurs de la start-up, un par un.
Ils sont au total cinq à avoir rejoint Meta Superintelligence Labs, dont l'ingénieur Andrew Tulloch, parti en octobre avec un package de rémunération estimé à 1,5 milliard de dollars sur six ans, ce qui en fait le recrutement individuel le plus coûteux de l'histoire de la tech. Trois autres, dont Barret Zoph et Luke Metz, ont quant à eux choisi de retourner chez OpenAI en janvier 2026. Mira Murati se retrouve ainsi à la tête d'une équipe largement recomposée, amputée de la majorité de ses architectes originels.
Drôle d'ambiance
Dans ce contexte, les entreprises rivales tentent de se protéger. Google DeepMind a ainsi mis en place des clauses de non-concurrence de six à douze mois, salaire maintenu, pour retenir ses chercheurs. Chez OpenAI, Sam Altman a reconnu que des primes à la signature pouvant atteindre 100 millions de dollars étaient proposées pour contrer les offensives adverses.
Pour sa part, Meta a lancé Muse Spark, son premier modèle multimodal fermé, au début du mois. Il s'agit de la première technologie développée par la nouvelle équipe IA de l'entreprise.
Mais en interne, cette transition ne se fait pas sans remous, comme en témoigne le départ précipité de Yann LeCun, figure de l'IA et directeur scientifique de Meta pendant douze ans, qui a depuis fondé sa propre start-up. Il a même qualifié Alexandr Wang, jeune entrepreneur placé à la tête de l'IA chez Meta, de « jeune et inexpérimenté », avertissant publiquement que « beaucoup de gens sont partis, et beaucoup d'autres partiront ». Le ton est donné.