Meta planche sur un nouveau genre de lunettes connectées, capables d’enregistrer en continu tout ce que leur porteur voit et entend. Une ambition qui relance, plus que jamais, les inquiétudes autour de la vie privée.

Meta teste de nouvelles lunettes intelligentes. ©Mijansk786 / Shutterstock
Meta teste de nouvelles lunettes intelligentes. ©Mijansk786 / Shutterstock

Avec les Ray-Ban Meta, l’entreprise de Mark Zuckerberg s’est imposée comme la référence incontournable des lunettes connectées, portée par un partenariat avec EssilorLuxottica et des ventes en forte croissance. Un succès qui repose largement sur l’intégration de l’IA, désormais capable d'interagir avec ce que l'utilisateur observe ou entend en temps réel.

La direction ne cache d’ailleurs pas ses ambitions. Lors de la présentation des résultats du premier trimestre 2026, le patron de Meta a expliqué vouloir les voir « évoluer, passer de la capacité à répondre à des questions à celle d'être un agent personnel qui vous accompagne toute la journée, vous aide à vous souvenir des choses et à atteindre vos objectifs  ». Et visiblement, la société avance sur ce terrain.

Le mode « super sensing »

Car un nouveau prototype de lunettes, révélé par The Financial Times, enregistre l'audio en continu et prend des photos toutes les quelques secondes. L’utilisateur pourrait ensuite interroger l’IA sur ce qu’il a vu ou entendu au cours de sa journée. Et pour limiter les risques évidents liés à une telle collecte, Meta envisagerait de ne pas conserver les images et sons bruts : seules des métadonnées, extraites de ces contenus, seraient stockées et consultables par l’IA.

Mais un détail pose sérieusement question : la petite LED qui signale habituellement qu’un enregistrement est en cours resterait éteinte lorsque ce mode, baptisé « super sensing », est activé. Impossible, donc, pour les personnes autour de l’utilisateur de savoir qu’elles sont filmées ou enregistrées. Autre zone d’ombre, cette fonctionnalité pourrait être déployée par simple mise à jour logicielle sur des lunettes déjà commercialisées, sans que leurs propriétaires n’aient nécessairement anticipé un tel changement d’usage.

Sollicitée sur ce projet, Meta n’a pas souhaité communiquer sur ses « prototypes internes », assurant simplement vouloir développer des technologies pensées « avec la confidentialité intégrée dès la conception ».

Mark Zuckerberg porte des lunettes Meta. ©Shutterstock
Mark Zuckerberg porte des lunettes Meta. ©Shutterstock

Les lunettes déjà exploitées à des fins malveillantes

Mais force est de constater que Meta traîne déjà un très lourd passif lorsqu’il est question de vie privée. En février, une enquête suédoise révélait que des vidéos captées par les Ray-Ban Meta actuelles étaient envoyées à des annotateurs humains au Kenya, chargés d’entraîner l’IA de l’entreprise. Parmi les contenus visionnés, se trouvaient, entre autres, des scènes intimes filmées à l’insu des personnes concernées dans des salles de bain ou des chambres à coucher.

Plus récemment, du code lié à un système de reconnaissance faciale a été repéré au sein même de l’application des Ray-Ban Meta, avant que Meta ne le retire discrètement. De quoi nourrir la méfiance, d’autant que les lunettes ont déjà été utilisées pour filmer des femmes à leur insu, et qu’un véritable marché parallèle s’est développé pour proposer, contre rémunération, de désactiver leur LED de capture.

Une pratique que Meta tente désormais d’endiguer en désactivant automatiquement la caméra si l’indicateur lumineux est détecté comme trafiqué.