L’autorité brésilienne de protection des données a ordonné à Discord de suspendre ses fonctionnalités de direct sur tout le territoire, dans un délai de trois jours ouvrés. Cette mesure fait suite à la mort d’une adolescente de 13 ans, poussée à s’automutiler pendant une diffusion en direct sur la plateforme.

L’ANPD, l’Autorité nationale de protection des données du Brésil, a pris cette mesure provisoire après la mort de l’adolescente dans un État du centre-ouest du pays. La jeune fille s’est suicidée le 22 juillet, à la suite d’un direct de 45 minutes sur Discord durant lequel elle a été poussée à s’automutiler. Cinq adolescents, dont un garçon de 14 ans, ont depuis été arrêtés. Selon la police, une autre adolescente s’apprêtait à diffuser son propre suicide en direct au moment de l’intervention. La semaine dernière, Rosangela « Janja » Lula da Silva, Première dame du Brésil et épouse du président Luiz Inácio Lula da Silva, avait réclamé publiquement l’arrêt de la plateforme, rapporte notre confrère Le Monde Pixels.
Discord reconnaît son incapacité à modérer les directs
Six jours après cet appel, le régulateur invoque l’ECA Digital, le statut brésilien de protection numérique des mineurs en vigueur depuis mars 2024. Le texte autorise l’ANPD à maintenir la suspension jusqu’à l’adoption de nouvelles garanties par Discord. Selon Alessandro Barreto, coordinateur du laboratoire cybernétique du ministère brésilien de la Justice, des adolescentes sont « asservies en ligne et contraintes à commettre des actes barbares ».
Discord avait indiqué au gouvernement fédéral ne pas disposer de la capacité technique nécessaire pour modérer le contenu de ses diffusions en direct. Le régulateur retient cet aveu comme fondement de sa mesure. Pourtant, Discord juge la décision prématurée et affirme avoir reçu la procédure de l'ANPD le 7 août dernier, dans le délai fixé pour formuler une réponse. Avant la mort de l’adolescente, l’entreprise dit avoir repéré puis démantelé un serveur privé, accessible seulement sur invitation et consacré à l’encouragement de l’automutilation. Les auteurs auraient par ailleurs coordonné l’essentiel de l’activité criminelle sur d’autres services, avant et après leur passage par Discord.

Discord retarde ses garde-fous depuis plusieurs mois
Discord a annoncé, dès le début de l’année, un dispositif mondial de vérification de l’âge fondé sur la reconnaissance faciale et le scan de documents d’identité. Après un test critiqué au Royaume-Uni avec la société de reconnaissance faciale Persona, Discord a mis fin au partenariat et repoussé le déploiement mondial au second semestre 2026. L’entreprise conserve toutefois ses obligations dans les pays soumis à cette exigence, dont le Brésil, le Royaume-Uni et l’Australie. En octobre 2025, un prestataire externe avait par ailleurs laissé fuiter les données personnelles de 70 000 utilisateurs. Stanislav Vishnevskiy, cofondateur et directeur technique de Discord, a reconnu que l'entreprise avait « échoué dans sa tâche la plus élémentaire » en matière de communication sur ce projet.
En France, la CNIL a infligé une amende de 800 000 euros à Discord, le 17 novembre 2022, pour plusieurs manquements au RGPD, dont une politique de conservation des données insuffisante et des mots de passe acceptés dès six caractères.
Aux États-Unis, Colby et Leslie Taylor, parents de Jay Taylor, ont déposé une plainte pour homicide involontaire contre Discord, en février, devant un tribunal de l’État de Washington. Leur fils, âgé de 13 ans, s’est suicidé en janvier 2022, après avoir rejoint, sur la plateforme, un groupe dont les membres l’ont encouragé à passer à l’acte. Ce groupe appartenait au réseau 764, fondé sur Discord par un adolescent texan et spécialisé dans l’extorsion d’images intimes pour contraindre ses victimes à l’automutilation ou à la violence. Les parents reprochent à Discord d’avoir donné à ce réseau l’accès à sa plateforme et de ne pas avoir pris de mesures raisonnables pour empêcher son expansion.
En France, si le comportement ou la situation d’un proche vous inquiète, ou si vous êtes vous-même confronté·e au suicide de quelqu’un, plusieurs services d’écoute anonymes et gratuits existent.
La ligne de prévention du suicide répond 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, au 31 14.
Pour les jeunes, un numéro dédié (0 800 235 236) accueille les appels tous les jours de 9 heures à 23 heures, également de façon anonyme et gratuite.
Le site du numéro national de prévention du suicide propose par ailleurs des ressources selon chaque situation : je suis en souffrance, je m’inquiète pour quelqu'un, je suis touché·e par un suicide.
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