Pendant que les data centers IA se heurtent à un mur de contestation, aux États-Unis notamment, la Patagonie les accueille dans un silence quasi total. OpenAI y investit déjà 25 milliards de dollars, tandis que d’autres géants affluent. Une ruée qui n’est, bien entendu, pas sans conséquences.

La Patagonie est convoitée par plusieurs géants occidentaux. ©Galyna Andrushko / Shutterstock
La Patagonie est convoitée par plusieurs géants occidentaux. ©Galyna Andrushko / Shutterstock

L’intelligence artificielle a un appétit insatiable. Entraîner et faire tourner des modèles toujours plus puissants exige des infrastructures colossales, extrêmement gourmandes en électricité et en eau. Partout dans le monde, les géants du secteur multiplient les projets de data centers pour assouvir cette demande. 

Mais cette convoitise n’est pas sans conséquences. Outre-Atlantique, de nombreux riverains sont excédés, ce qui mène à des votes et des procès pour contrer ces projets, évalués à des dizaines de milliards de dollars. Les investisseurs regardent logiquement ailleurs, et une localisation en particulier attire leurs pupilles : l’Argentine, et sa Patagonie aux étendues glacées.

Les projets pleuvent

En octobre 2025, la firme de Sam Altman a en effet signé une lettre d’intention avec le fournisseur argentin Sur Energy pour un data center pouvant atteindre 500 mégawatts. Une initiative qui s’inscrit dans le programme Stargate, qui compte déjà des sites en Norvège, au Royaume-Uni et aux Émirats arabes unis. C’est la première fois que l’Amérique latine y entre.

Mais ce n’est pas tout, et les annonces s’enchaînent. Dans la province de Neuquén, Pampa Energía, un autre fournisseur, planche sur un site de 500 mégawatts alimenté au gaz de Vaca Muerta, l’un des plus grands gisements de schiste au monde. L’entreprise américaine FlexDomes prépare de son côté une première tranche de 120 mégawatts pour 1,4 milliard de dollars, tandis que le polonais Green Capital vise 300 mégawatts dans le Chubut, toujours en Patagonie, avec l’ambition affichée d’atteindre un jour 3 000 mégawatts. 

Amazon et Google, eux, observent la région de près, les deux groupes bâtissent déjà des data centers chez les voisins chiliens et uruguayens. Car le territoire possède des atouts très recherchés, notamment des températures froides toute l’année, qui réduisent mécaniquement les coûts de refroidissement des serveurs. De même, l’énergie y est disponible en grande quantité et variée, tandis que le cadre fiscal est très favorable pour les multinationales.

Un centre de données Microsoft. ©cflaten6 / Shutterstock
Un centre de données Microsoft. ©cflaten6 / Shutterstock

L’élection de 2027 sera capitale

Cette tendance pourrait malheureusement avoir des conséquences irréversibles, dans un territoire qui abrite des dizaines de milliers de glaciers. Les communautés mapuches ont pour leur part une longue histoire de conflits avec les compagnies énergétiques de la région. Des tensions risquent à nouveau d’émerger si les projets de data centers se multiplient.

À noter, malgré tout, qu’aucun de ces projets n’est encore opérationnel, les réseaux de fibre optique et les raccordements électriques sont encore à construire. L’élection présidentielle de 2027 en Argentine s’annonce capitale : une partie des investisseurs attend d’y voir plus clair sur la réélection, ou non, de Javier Milei avant de s’engager pleinement. Car ce dernier défend une politique résolument favorable aux géants de l’industrie.

Foire aux questionsContenu généré par l’IA
Que signifie une capacité de data center annoncée à 500 mégawatts (MW) ?

La puissance en mégawatts correspond à l’électricité que le site peut consommer en continu pour alimenter serveurs, réseaux, stockage et systèmes de refroidissement. 500 MW, c’est l’ordre de grandeur d’une grande centrale électrique dédiée à un usage industriel, ce qui permet d’héberger des dizaines de milliers de GPU selon la génération et la densité retenues. Cette valeur ne dit pas tout : l’efficacité énergétique (PUE), la part allouée au calcul vs au refroidissement et la disponibilité du réseau conditionnent la capacité réelle. Elle implique aussi des exigences lourdes côté raccordement électrique et sécurité d’alimentation (redondance, groupes électrogènes, batteries).

Pourquoi les data centers IA consomment-ils autant d’eau, même s’ils sont refroidis par l’air ?

Beaucoup de sites utilisent du refroidissement évaporatif ou des tours aéroréfrigérantes, qui dissipent la chaleur en évaporant de l’eau : c’est efficace, mais ça prélève une ressource locale. Même avec des solutions “air cooling”, l’eau peut rester nécessaire pour certains étages de refroidissement, le traitement de l’air ou les systèmes de secours. La consommation dépend fortement du climat, de la température de l’eau, de l’humidité et du choix technique (circuit ouvert/fermé, dry cooling, free cooling). Dans les régions froides, on peut réduire la consommation, mais pas l’annuler si l’architecture retient de l’évaporatif pour gagner en rendement.

Qu’est-ce que le “free cooling” et pourquoi un climat froid donne un avantage aux data centers ?

Le free cooling consiste à utiliser l’air extérieur (ou de l’eau naturellement froide) pour évacuer la chaleur, au lieu de s’appuyer principalement sur des groupes froids énergivores. Quand la température ambiante reste basse une grande partie de l’année, le data center peut diminuer sa facture électrique liée au refroidissement. Cela améliore généralement le PUE, un indicateur qui compare l’énergie totale consommée à celle utilisée par les seuls équipements informatiques. L’intérêt est particulièrement marqué pour l’IA, car les GPU dégagent beaucoup de chaleur et imposent des systèmes thermiques dimensionnés en conséquence.