Huit mois avant la tuerie de Tumbler Ridge au Canada, survenue en février 2026, OpenAI avait repéré les conversations inquiétantes de la tireuse sur ChatGPT. L’entreprise n’a jamais prévenu la police, et elle doit aujourd’hui rendre des comptes.

Les faits font froid dans le dos. Jesse Van Rootselaar, 18 ans, a abattu sa mère et son demi-frère de 11 ans dans la maison familiale avant de se rendre au lycée de sa ville. Elle a alors tué cinq élèves de 12 et 13 ans ainsi qu’une assistante d’éducation, avant de retourner l’arme contre elle. Un choc immense pour cette commune isolée de Colombie-Britannique, qui compte quelque 2 400 habitants.
Si les familles des victimes ont déjà déposé 37 plaintes contre OpenAI aux États-Unis, ce lundi 21 septembre, la province et le conseil scolaire local ont ouvert un nouveau front, devant un tribunal fédéral de San Francisco.
Une alerte interne balayée par la direction
Car en juin 2025 déjà, les systèmes automatiques d’OpenAI ont identifié des échanges de la jeune femme avec ChatGPT autour de scénarios de violence armée. Selon la plainte, une douzaine d’employés ont alors examiné le compte et ont conclu à un risque « crédible et spécifique » pour autrui. Ils recommandent de prévenir la Gendarmerie royale du Canada (GRC).
Mais la direction « rejette cette recommandation », jugeant la menace insuffisante. « Un seul coup de téléphone à la GRC aurait pu empêcher la tragédie », estiment les autorités. OpenAI a d’ailleurs reconnu depuis qu’avec les nouvelles règles qu’elle a mises en place, le compte aurait bien été signalé. Mais à l’époque, la start-up s’est contentée de le désactiver, la mise en cause en ayant simplement ouvert un second, qu'elle a d'ailleurs utilisé jusqu’au jour de l'attaque.
La Colombie-Britannique s’en prend aussi à la conception de ChatGPT. Car ses garde-fous internes lui demandaient de « présumer les meilleures intentions » de l’utilisateur, sans jamais l’interroger sur ses motivations. Et selon la plainte, multiplier les signalements aurait pu fragiliser la valorisation d’OpenAI, à l’approche de son entrée en Bourse, depuis reportée à l’année prochaine.
À noter qu’il reste une inconnue de taille : le contenu des conversations entre Jesse Van Rootselaar et ChatGPT. « Nous avons demandé à OpenAI de les divulguer. Ils ont refusé. Nous devrions tous leur demander pourquoi », lance la procureure générale de Colombie-Britannique, Niki Sharma.
- Chat dans différentes langues, dont le français
- Générer, traduire et obtenir un résumé de texte
- Générer, optimiser et corriger du code
Un front judiciaire qui s’élargit
En attendant des réponses, la province réclame le remboursement des dépenses causées par le drame : les démolitions dans le lycée, le soutien psychologique, les renforts policiers, etc. Elle exige aussi des dommages punitifs et des mesures contraignantes ciblant OpenAI, comme des bannissements réellement durables et des audits indépendants chaque trimestre.
Cette sordide affaire n’est, malheureusement, pas un cas isolé. En avril 2025, un étudiant a ouvert le feu sur le campus de l’université d’État de Floride, tuant deux personnes. ChatGPT lui avait notamment indiqué les heures d’affluence au foyer étudiant. OpenAI est également poursuivie pour son implication dans cette fusillade.
Et la pression monte à l’échelle nationale. Au mois de juin, 42 États ont ouvert une enquête commune sur l’entreprise. Elle porte notamment sur les mesures mises en place pour protéger les mineurs