Dans les attaques par ransomware, l’intelligence artificielle joue désormais sur les deux tableaux. Elle peut servir les cybercriminels, mais aussi se retourner contre les entreprises qui l’utilisent. Et les chiffres commencent à donner la mesure du phénomène.

L’adoption massive de l’intelligence artificielle dans les entreprises fait aussi les affaires des cybercriminels. Selon le Ransomware Risk Report 2026 de Semperis, publié ce 14 octobre, 20 % des attaques par ransomware étudiées en France auraient exploité les agents ou systèmes d’IA des victimes. Une aubaine pour les pirates, qui peuvent chercher à détourner les accès accordés à ces outils disposant parfois de droits très étendus, en plus d’utiliser l’IA pour mener leurs propres attaques.
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Les outils d’IA des entreprises dans le viseur des pirates
Pour confier du travail à un agent IA, une entreprise doit aussi lui donner les moyens de l’accomplir. Cela peut passer par des accès à ses documents internes, à ses applications professionnelles, voire à des fonctions normalement réservées aux administrateurs. Des autorisations précieuses pour les pirates, qui peuvent chercher à les exploiter en détournant l’agent de sa mission initiale. Un outil capable de consulter et de déplacer des fichiers pourrait, par exemple, être manipulé pour transmettre des documents confidentiels à un serveur extérieur.
Le rapport ne détaille pas les méthodes employées lors des attaques recensées en France. Il fait toutefois apparaître un écart marqué entre les deux formes d'exploitation de l'IA : alors que 20 % des incidents auraient impliqué les outils des victimes, 1 % auraient fait appel à l'intelligence artificielle du côté des attaquants.
Avec ou sans IA, les entreprises françaises interrogées n'ont guère eu de répit. Toutes déclarent avoir subi plusieurs attaques par ransomware réussies au cours des douze derniers mois, et 51 % en ont essuyé plusieurs dans la même semaine. Les pirates ont également obtenu des paiements auprès de 35 % des organisations, et parmi celles qui ont payé, 86 % ont effectué plusieurs versements. Pour plus de deux tiers des entreprises, ces attaques ont entraîné une interruption d’activité ou une perte de revenus, tandis que 65 % ont subi un vol ou une destruction de données.
À l'international, l'IA aurait joué un rôle dans 84 % des attaques
Dans les neuf pays couverts par l'enquête, 40 % des attaques par ransomware auraient utilisé l'intelligence artificielle du côté des pirates, et 44 % auraient exploité les agents ou systèmes d'IA des victimes. Semperis estime ainsi que l'IA serait intervenue, sous une forme ou une autre, dans 84 % des attaques étudiées. L'étude s'appuie sur les déclarations de 1 200 professionnels de l'informatique et de la cybersécurité, tous issus d'organisations ayant subi au moins une attaque réussie.
Les systèmes chargés de gérer les comptes et les droits d'accès figurent aussi parmi les cibles privilégiées des cybercriminels. D'après Semperis, 87 % des attaques étudiées auraient ciblé ou exploité des infrastructures d'identité comme Active Directory, Microsoft Entra ID ou Okta. Or, seule la moitié des organisations interrogées disposent de sauvegardes dédiées à ces systèmes, et 42 % ont automatisé leur restauration. Une difficulté de taille lorsqu'il s'agit de rétablir les accès après une compromission et de s'assurer que les pirates ne peuvent plus intervenir dans le réseau.