Le Parlement européen a adopté cette semaine un rapport pour accélérer le train à grande vitesse dans l’UE. Les eurodéputés veulent relier les grandes villes de toutes les régions, avec un budget dédié et des billets plus abordables.

Le train à grande vitesse a désormais le Parlement européen dans sa poche, ou plutôt dans son wagon de tête. Mardi, sans que cela ne fasse grand bruit, les eurodéputés ont adopté à une très large majorité leurs recommandations pour en faire l'épine dorsale des déplacements dans l'Union européenne. Leur ambition va au-delà des seules liaisons entre capitales, puisqu'il s'agit de brancher les métropoles régionales sur le réseau et, au passage, de faire préférer le train à l'avion. Reste à financer ce grand chantier et à rendre le billet moins douloureux pour le portefeuille des consommateurs, deux sujets sur lesquels les députés ont posé des exigences bien précises cette semaine.
Le train à grande vitesse ne doit plus être réservé aux capitales, tranche le Parlement européen
Depuis Strasbourg, le résultat n'a pas franchement fait débat, avec 558 voix pour, 23 contre et 73 abstentions en faveur d'un TGV « pour tout le monde ». Le texte en question répond au plan d'action présenté par la Commission européenne en novembre dernier, qui dessine un réseau plus rapide, mieux connecté et plus interopérable d'ici 2040, c'est-à-dire un réseau où un train peut franchir une frontière sans buter sur des systèmes techniques incompatibles. Les députés le veulent aussi innovant, accessible, bien raccordé aux autres modes de transport, utile au quotidien des citoyens et capable de faire bon usage de l'argent public. Pour eux, le rail est un levier stratégique pour faire basculer les voyageurs vers le train, viser la neutralité climatique et gagner en autonomie.
Pour les supporters du rapport, la grande vitesse en train ne doit plus être un espèce de club réservé aux capitales. Les élus veulent y raccrocher les principales villes de chaque région européenne, et même celles des pays voisins, soit par une ligne directe, soit par des correspondances efficaces avec le réseau. Le but est clairement de réduire les écarts entre territoires et de mieux desservir les régions périphériques et moins développées.
Pour y parvenir, le texte mise d'abord sur l'achèvement du réseau transeuropéen de transport (RTE-T), le maillage de grands axes que l'UE veut voir aboutir. Il réclame aussi un recensement des chaînons manquants, des lignes abandonnées et des tronçons mal desservis. Il demande enfin d'identifier les liaisons transfrontalières à forte valeur ajoutée. Un vaste chantier !

Des billets de train plus abordables et des prix plus lisibles
Tout ça risque de coûter énormément argent aux citoyens de l'Union. Les eurodéputés veulent que le rail profite pleinement des fonds européens, actuels comme futurs. Ils demandent que le prochain budget à long terme de l'UE, prévu pour 2028-2034, réserve des moyens suffisants et spécifiquement consacrés à la grande vitesse. Ils veulent aussi préserver et renforcer le mécanisme pour l'interconnexion en Europe (MIE), l'instrument européen qui finance notamment les grandes infrastructures de transport, et soutenir les investissements prévus dans les plans nationaux.
Depuis 2014, plus de 100 milliards d'euros issus des programmes européens ont déjà été alloués à des projets d'infrastructures ferroviaires. Le rapporteur espagnol Vicent Marzà Ibáñez (Verts/ALE) plaide pour des investissements suffisants dans toute l'Union, notamment grâce à des « obligations vertes ferroviaires », des emprunts destinés à ces projets. Selon lui, un basculement massif de l'avion vers le train réduirait la dépendance aux énergies fossiles, créerait des emplois de qualité et renforcerait l'autonomie stratégique européenne.
L'autre bataille sera clairement celle du prix du billet. Pour le Parlement, un train abordable sert à lutter contre la précarité en matière de mobilité et à garantir l'égalité d'accès au transport partout dans l'Union européenne. Il encourage donc les États et opérateurs à proposer des tarifs accessibles, des réductions et des abonnements adaptés, et réclame davantage de transparence sur les prix. Le vœu parlera à quiconque a traqué cet été les TGV INOUI à 19 euros de la SNCF. Nous en avions déniché quelques-uns, mais au prix d'une recherche obstinée. Les députés saluent aussi les récentes propositions de la Commission sur les droits des passagers, censées rendre les offres de billets interopérables, accessibles et faciles à comparer.
Le rapporteur tempère tout de même un peu son enthousiasme envers le TGV, en précisant que la grande vitesse ne doit pas grandir aux dépens des trains régionaux et de banlieue, ceux du quotidien. Ces derniers ont leurs propres difficultés, comme il l'a rappelé, moins de deux semaines avant le vote, l'évacuation de nuit de quelque 300 voyageurs d'un TER Transdev sur Marseille-Nice, après une panne électrique sur la ligne. Il y a un gros enjeu économique sur la question du train, puisque le secteur ferroviaire de l'UE emploie plus de 1,3 million de personnes, de la fabrication à l'exploitation, en passant par la construction et la maintenance. Ces recommandations n'ont toutefois pas de valeur contraignante, et leur portée se mesurera surtout dans les négociations sur le budget 2028-2034.