Le célèbre chatbot, doué de ses nouvelles capacités en génération d'images, lui permettent théoriquement de s'inviter dans un domaine quelque peu délicat : la fraude fiscale. L'ère des photocopieuses et du tipex est révolue, désormais quelques prompts suffisent pour créer des faux à s'y méprendre.

 La contrefaçon par IA se met à table. © RVillalon / Shutterstock
La contrefaçon par IA se met à table. © RVillalon / Shutterstock

Il y a encore à peine un an, ChatGPT et autres chatbots capables de générer du contenu visuel, peinaient sérieusement à reproduire correctement certains éléments graphiques. Ils bafouillaient devant un texte à recopier et représenter correctement une main humaine sans artefacts étranges était hors de leur portée.

Aujourd'hui ChatGPT a beaucoup évolué, son générateur d'images est totalement gratuit et les hésitations glauques de la première itération de DALL-E nous semblent bien loin. Il est largement capable de reproduire du texte à l'image et certains se sont emparés de cette nouvelle habileté pour lui faire recopier des additions de restaurants. Additions qui pourraient donc passer en notes de frais.

ChatGPT, un faussaire maladroit

L'utilisateur @deedydas sur X a partagé sur son compte un reçu fictif de l'Epic Steakhouse à San Francisco (voir ci-dessous). Bien sûr, ce repas n'a jamais existé ailleurs que dans les circuits neuronaux de ChatGPT. Malgré un résultat plus que convenable, le rendu reste encore trop parfait et synthétique. Les vrais tickets étant imprimés sur des imprimantes thermiques qui réchauffent le papier plutôt que de l'encrer, ils présentent souvent des imperfections que l'IA n'a pas réussi à capturer.

 Un résultat un peu trop parfait, mais qui reste impressionnant tout de même. © Deedy Das / X
Un résultat un peu trop parfait, mais qui reste impressionnant tout de même. © Deedy Das / X

L'essai de Michael Gofman (@michaelgofman) est déjà un peu plus convaincant comme vous pouvez le voir ci-dessous : papier abimé, tâches. Même si certaines lettres semblent un peu tremblotantes, c'est nettement plus réussi et au premier coup d'œil, difficile de dire si sa création est vraie ou fausse.

C'est un peu plus naturel ici, mais on remarquera quand même quelques bizarreries. © Michael Goffman / X

La réponse d'OpenAI : la liberté à tout prix

Toutefois, c'est un certain Raphael Chenol qui remporte la palme. Directeur Digital Learning et Formateur en IA, celui-ci a partagé une fausse addition du restaurant de la chaîne Hippopotamus à Mérignac (33) sur LinkedIn. Au lieu de demander simplement à ChatGPT de lui générer une image, il est parti d'une vraie addition pour lui demander d'en modifier le prix et la date. Le 2 décembre 2024 devient ainsi le 27 mars 2025, le numéro de table change, le montant, mais ce qui frappe ici, c'est que le faux document est extrêmement bien réalisé (voir ci-dessous).

Bien évidemment, il n'appelle pas à ce genre de pratique dans son post en date du 1ᵉʳ avril. « Alors je ne suis pas là pour donner le mauvais exemple, je ne risquerais pas de me faire virer pour fraude par mon employeur. Mais quand on passe son temps à parler éthique dans le cadre de l'IA, il est important de dénoncer les abus possibles. Les acteurs de l'analyse de facture ont intérêt à redoubler d'efforts pour sécuriser ces transactions et vérification, avec par exemple l'ajout d'un cryptogramme type QR Code sur toutes les factures et tickets ou l'ajout d'une vérification via Blockchain… sinon les CFO et RH risquent de se retrouver avec des montagnes de fausses factures… », explique-t-il.

L'addition est ici beaucoup plus convaincante. © Raphael Chenol / LinkedIn

Car, oui, nous sommes là en plein territoire pénal et l'infraction la plus applicable est « faux et usage de faux ». L'article 441-1 du Code pénal, selon les informations de Legifrance : « Constitue un faux toute altération frauduleuse de la vérité, de nature à causer un préjudice et accomplie par quelque moyen que ce soit, dans un écrit ou tout autre support d'expression de la pensée qui a pour objet ou qui peut avoir pour effet d'établir la preuve d'un droit ou d'un fait ayant des conséquences juridiques. Le faux et l'usage de faux sont punis de trois ans d'emprisonnement et de 45 000 euros d'amende ».

Face à ces détournements, la réponse officielle d'OpenAI, contactée par le média TechCrunch est quelque peu… surprenante. Taya Christianson, porte-parole de l'entreprise, la défend en expliquant qu'ils veulent « laisser aux utilisateurs autant de liberté créative que possible ». Un argument qui ne tient évidemment pas la route ; on ne peut invoquer la créativité pour justifier la production de faux documents destinés à tromper ou à obtenir un avantage indu. C'est une interprétation dangereuse et fallacieuse ; au regard du droit français ; de la liberté d'expression.

Quels sont les meilleurs générateurs d'images par intelligence artificielle ? Comparatif 2025
Les générateurs d'images par intelligence artificielle comme Midjourney ou DALL-E deviennent incontournables pour les étudiants et les professionnels. Ces outils démocratisent la création visuelle et ouvrent de nouvelles perspectives créatives dans de nombreux domaines, de l'architecture au marketing en passant par l'enseignement et la recherche. Cependant, l'essor de l'IA générative soulève aussi des questions importantes en termes de qualité, d'originalité, de droits d'auteur et d'éthique. Dans cet article, nous passerons en revue les principaux acteurs du marché pour vous aider à choisir la solution la plus adaptée à vos besoins en 2025. Découvrez les meilleurs générateurs d'image par intelligence artificielle.

Qu'est-ce qui différencie ces images de vraies photos ? Des métadonnées intégrées signalant l'origine artificielle des images. Autant dire une porte blindée dotée d'une fenêtre grande ouverte, puisque n'importe quel logiciel d'édition d'images, même gratuit, peut effacer ces marqueurs numériques. Bien évidemment, nous vous déconseillons fortement de jouer avec le feu et de ne pas vous prêter à ce petit jeu de falsification ; il pourrait vous en coûter.