Il fallait s’y attendre, et ça se confirme. SpaceX ferme discrètement la porte à ses clients commerciaux : impossible désormais de réserver un vol Falcon 9 au-delà de 2028. Une nouvelle qui plonge une bonne partie de l’industrie satellite dans la panique.

La fusée Falcon 9 lors d'un lancement le 17 septembre 2026. ©SpaceX
La fusée Falcon 9 lors d'un lancement le 17 septembre 2026. ©SpaceX

Les bruits de couloir se sont amplifiés lors de la World Space Business Week, organisée du 14 au 17 septembre à Paris. Sur scène comme en coulisses, plusieurs dirigeants ont confirmé que réserver un vol Falcon 9, notamment en rideshare (une place partagée entre plusieurs satellites), relève du parcours du combattant. 

Et si SpaceX n’a pas encore fait d’annonce officielle, sa présidente, Gwynne Shotwell, a clairement assumé la direction privilégiée par l’entreprise : « On veut clairement passer de l'ancienne technologie à la nouvelle. Si on ne rend pas nos propres produits obsolètes, quelqu'un d'autre le fera pour nous  ». Autrement dit, place à Starship… Quitte à laisser ses clients sur le carreau.

Les alternatives ne sont pas prêtes

«  Il y a beaucoup de panique sur le marché en ce moment », a résumé Andy Lapsa, patron de Stoke Space, qui développe ses propres lanceurs. Même constat chez Giulio Ranzo, à la tête d’Avio, le constructeur de la fusée Vega C : les petits clients qui comptaient sur les vols partagés de Falcon 9 reviennent frapper à sa porte. Des entreprises comme Satrec Initiative, Intuitive Machines ou Space Norway le confirment aussi : sans solution de repli, 2028 et 2029 s’annoncent comme un vrai casse-tête logistique.

Car pour l’heure, aucune alternative n’est vraiment prête à prendre le relais. Si New Glenn ou Vulcan Centaur s’avèrent comme une solution très intéressante, les deux sont clouées au sol en raison de défaillances techniques. Ariane 6, elle, accumule les retards, avec seulement quatre vols réalisés sur les sept ou huit prévus cette année. Quant aux nouveaux venus attendus, à savoir Neutron de Rocket Lab ou Terran R de Relativity Space, ils ne devraient pas décoller avant un an ou deux. Et rien ne garantit qu’ils atteindront rapidement une cadence suffisante.

La fusée Falcon 9 lance des satellites Starlink. ©SpaceX

Une fusée qui a révolutionné l’accès à l’espace

Car, on le rappelle à nouveau, le Falcon 9 a tout changé dans le secteur spatial. La fusée a rendu l’accès à l’espace bien plus simple et surtout, beaucoup moins cher grâce à la réutilisation de ses boosters. Résultat : plus de 700 lancements ont été réalisés à ce jour avec une cadence qui donne le vertige (165 vols rien qu’en 2025).

La démocratisation du rideshare a en outre permis aux petites structures d’envoyer leurs satellites en orbite sans avoir à financer une fusée entière, à des tarifs jusque-là impensables. Une aubaine pour tout un écosystème de jeunes entreprises spatiales qui n’auraient probablement jamais décollé sans cette option.

Malgré tout, Falcon 9 ne va pas s’arrêter du jour au lendemain : SpaceX prévoirait de stocker des fusées après avoir cessé sa production, tandis que le gouvernement américain a réservé plus de 50 missions de sécurité nationale jusqu’au début des années 2030. Mais la période 2029-2031 s’annonce comme la plus délicate, avec une demande qui risque de largement dépasser les capacités disponibles.