Samsung Display et LG Display réclament un soutien public renforcé pour continuer à investir dans les nouvelles générations d’écrans. En toile de fond, une inquiétude devenue explicite : la Chine domine déjà largement l’affichage au sens large et talonne la Corée sur l’OLED.

La Corée conserve encore l’avantage sur l’OLED, mais Samsung Display et LG Display s’inquiètent de la montée en puissance des fabricants chinois. © Matthieu Legouge
La Corée conserve encore l’avantage sur l’OLED, mais Samsung Display et LG Display s’inquiètent de la montée en puissance des fabricants chinois. © Matthieu Legouge

Lors d’un forum organisé le 1ᵉʳ octobre à l’Assemblée nationale sud-coréenne, Samsung Display et LG Display ont appelé le gouvernement à renforcer les dispositifs de soutien à l’industrie de l’affichage.

Samsung Display souhaite notamment faire passer de 10 à 20 ans la durée de report des crédits d’impôt inutilisés pour les technologies stratégiques, tout en réclamant un dispositif fiscal plus pérenne. LG Display défend de son côté un mécanisme de remboursement direct : lorsqu’un investissement massif réduit fortement le bénéfice imposable, voire plonge l’entreprise dans le rouge, le crédit d’impôt perd une partie de son intérêt immédiat. Le groupe voudrait donc pouvoir en récupérer une partie directement en numéraire.

La Chine domine l’affichage, mais pas encore l’OLED

Selon les données Omdia compilées par la Korea Display Industry Association, la Chine représentait 55,9 % du marché mondial de l’affichage en valeur au premier trimestre 2026, contre 28,9 % pour la Corée du Sud.

Sur l’OLED, le rapport de force reste toutefois différent. En 2025, les fabricants sud-coréens détenaient encore 68,7 % du marché mondial, contre 31,2 % pour leurs concurrents chinois. L’avance tient, mais elle reste fragile. Ahn Chan-jong, du ministère coréen du Commerce, de l’Industrie et de l’Énergie, estime que l’écart technologique en OLED se maintient autour de 1,3 an depuis 2023. Dans ses propos relayés par The Elec, il estime que, faute de poursuivre les efforts en R&D, les groupes coréens pourraient être rattrapés en moins d’un an.

Des investissements massifs pour préserver l’avance coréenne


Samsung Display a déjà investi plus de 4 000 milliards de wons dans sa ligne OLED IT de génération 8.6 à Asan, entrée en production de masse en juillet. La génération 8.6 désigne ici la taille du substrat utilisé en usine : des plaques plus grandes permettent de découper davantage de dalles pour ordinateurs portables, tablettes ou moniteurs et d’améliorer les coûts de production.

LG Display mise notamment sur le Tandem OLED, qui empile plusieurs couches émissives afin d’améliorer luminosité, durée de vie et efficacité énergétique. Le groupe affirme aussi que l’IA lui permet de réduire certaines tâches de conception de près d’un mois à environ huit heures. Mais les industriels chinois avancent sur les mêmes leviers : Deloitte cite notamment BOE, qui utilise déjà l’IA pour la gestion des défauts, l’optimisation et la planification automatisée de ses lignes OLED 8.6G.

La pression vient aussi de TCL CSOT, qui développe à Guangzhou son projet T8 dédié à l’OLED imprimé, un investissement de 29,5 milliards de yuans avec une capacité annoncée de 22 500 substrats Gen 8.6 par mois. Le projet repose en partie sur des entités publiques locales, autre illustration du soutien dont bénéficie l’industrie chinoise.

Le message envoyé à Séoul est donc clair : la Corée conserve encore l’avantage sur l’OLED, mais elle doit désormais le défendre face à des concurrents chinois qui investissent massivement, automatisent leurs lignes et bénéficient eux aussi de soutiens publics importants.