La Commission européenne teste Element Pro pour réduire sa dépendance à Microsoft et disposer d’une solution de secours à Teams. Mais entre ambitions souveraines et usages quotidiens, les premiers retours ne sont pas franchement enthousiastes.

La Commission européenne veut se passer de Microsoft Teams, mais son alternative est très critiquée. © ImageFlow / Shutterstock
La Commission européenne veut se passer de Microsoft Teams, mais son alternative est très critiquée. © ImageFlow / Shutterstock

La Commission européenne veut pouvoir continuer à communiquer même si Microsoft Teams devenait indisponible. Depuis cet été, elle teste Element Pro, une plateforme collaborative qu’elle héberge sur ses propres infrastructures et qu’elle présente comme un « back-up souverain » à l’outil de Microsoft. Un choix qui s’inscrit dans la volonté de Bruxelles de mieux contrôler ses systèmes et ses données, mais suscite déjà de vives critiques en interne selon POLITICO.

Un plan B fondé sur des technologies ouvertes

Dans le détail, Element Pro se présente comme une plateforme collaborative intégrant une messagerie pour les conversations individuelles et de groupe, un système de partage de fichiers, des salles de travail, ainsi que la prise en charge des appels audio et vidéo. Des fonctions très proches de celles de Teams, mais déployées selon un modèle très différent : la Commission héberge directement la plateforme sur ses propres infrastructures, quand le service de Microsoft dépend de l’environnement cloud de l’entreprise américaine.

Element Pro s’appuie sur Matrix, un standard ouvert de communication qui permet à une administration ou à une grande organisation d’exploiter et d’administrer elle-même sa plateforme. Bruxelles conserve de cette manière un contrôle beaucoup plus direct sur l’infrastructure du service et sur les données qu’elle héberge, tout en réduisant sa dépendance à Microsoft. Le choix d’un standard ouvert limite aussi l’enfermement dans l’écosystème d’un seul éditeur, puisque le protocole sur lequel reposent les communications n’appartient pas à Element, même si l’entreprise reste l’un de ses principaux contributeurs et conserve ses propres composants professionnels.

Cette technologie a d’ailleurs déjà trouvé sa place dans plusieurs administrations européennes. En France, elle sert de base à Tchap, la messagerie sécurisée des agents de l’État, tandis que la DINUM a rejoint en 2025 la Matrix.org Foundation afin de contribuer plus directement à l’évolution du standard.

L’Allemagne s’appuie elle aussi sur Matrix pour plusieurs services publics, dont BundesMessenger, la Suède l’utilise dans SAFOS, sa suite collaborative souveraine, et le Luxembourg dans LuxChat4Gov, sa messagerie destinée aux agents publics. Aux Pays-Bas, Matrix est intégré à MijnBureau, un environnement de travail souverain encore en phase pilote, tandis qu’il sert de base à BEAM, la messagerie gouvernementale belge.

Une alternative qui ne fait pas l'unanimité

Un projet qui ne manque donc pas d’arguments, mais peine visiblement à convaincre dans les bureaux de la Commission. Des échanges internes font état de critiques particulièrement sévères de la part de plusieurs fonctionnaires européens, qui s’interrogent aussi bien sur l’intérêt du nouvel outil que sur sa capacité à remplacer efficacement Teams en cas de besoin.

Dans ces échanges, l’un dit ne pas comprendre la valeur ajoutée d’Element Pro, tandis qu’un autre résume son expérience en deux mots : « absolute shit ». Un troisième estime qu’en cas de rupture avec les technologies américaines, les États-Unis « gagneraient instantanément » si Element Pro devait prendre le relais de Teams.

Bref, un lot de critiques plutôt vives, auquel Matthew Hodgson, patron d’Element, répond en rappelant que la Commission européenne se trouve encore en phase de test. À ces problèmes de jeunesse s’ajoute aussi la difficulté, très classique, de remplacer un outil ancré depuis des années dans les habitudes de travail par une interface dont les agents doivent encore apprivoiser la logique de navigation, l’organisation et les automatismes.