À l’abri des regards, la Chine poursuit ses percées dans le spatial. Ce 30 mars, c’est une nouvelle fusée qui a pris son envol pour la première fois depuis le Centre spatial commercial de Dongfeng, dans le désert de Gobi. Un lancement d’une importance cruciale pour le pays.

Lijian-2 lors de son lancement. ©CAS Space
Lijian-2 lors de son lancement. ©CAS Space

Lijian-2, ou Kinetica-2 pour les Occidentaux, est conçue par CAS Space, entreprise commerciale issue de l’Académie des sciences de Chine (CAS). Du haut de ses 53 mètres, elle sera à terme en mesure de transporter jusqu’à 12 tonnes en orbite basse, et 8 tonnes en orbite héliosynchrone.

Et si sa configuration, avec trois blocs identiques formant le premier étage, est inédite pour un lanceur chinois, elle va forcément rappeler le Delta IV Heavy de United Launch Alliance ou le Falcon Heavy de SpaceX aux amateurs de l’espace. Ses moteurs YF-102 sont d’ailleurs décrits par ses créateurs comme proches du Merlin de l’entreprise d’Elon Musk.

Passage au carburant liquide

Pour son vol inaugural, considéré comme une véritable réussite par la presse locale, la Lijian-2 a placé trois satellites en orbite. La pièce maîtresse : un prototype de vaisseau cargo de 4,2 tonnes, emportant 27 expériences scientifiques réparties dans 40 compartiments, dont certains réfrigérés.

CAS Space avait jusqu’ici uniquement opéré la Kinetica-1, une fusée à propergol solide limitée à 2 tonnes en orbite basse. Avec ce nouveau modèle, la firme passe au carburant liquide, un mélange de kérosène et d’oxygène liquide baptisé kerolox, sur tous les étages. C’est un saut technologique majeur : ces moteurs sont plus performants et modulables en termes de poussée.

La Lijian-2 est vouée à évoluer en diverses variantes selon les besoins. Cela comprend une version allégée sans boosters, ainsi qu’une itération lourde à cinq blocs, la Lijian-2 Heavy. Plus ambitieux encore, le Lijian-3, actuellement en développement, viserait l’acheminement de 40 tonnes en orbite basse, avec un possible second étage réutilisable de type Starship.

La Lijian-2. ©CAS Space
La Lijian-2. ©CAS Space

Une pièce maîtresse du programme spatial chinois

La Lijian-2 doit jouer un rôle majeur dans le programme spatial chinois. Elle doit notamment soutenir le déploiement de la mégaconstellation Qianfan, équivalent chinois de Starlink, mais aussi assurer des livraisons de fret vers la station spatiale Tiangong. Elle sera aussi exploitée pour le lancement de missions scientifiques décisives.

À terme, le lanceur doit devenir réutilisable. Mais CAS Space développe une approche singulière : plutôt que de récupérer les étages séparément comme SpaceX, les trois blocs du premier étage resteraient solidaires lors de leur retour, atterrissant en une seule unité. Selon les ingénieurs, ce procédé offrirait un meilleur contrôle aérodynamique et limiterait la perte de capacité d’emport.

La Chine vise aussi la réutilisabilité avec la fusée Long March 10, qui doit transporter des taïkonautes jusqu’à la surface lunaire d’ici à 2030. En 2025, l’Empire du Milieu a opéré 85 lancements ; s’il parvient à maîtriser cette technologie, il atteindrait des cadences invraisemblables.

Foire aux questionsContenu généré par l’IA
Qu’est-ce qu’un lanceur « à trois blocs » (core + deux boosters latéraux) et pourquoi cette architecture augmente la capacité d’emport ?

Un lanceur à trois blocs assemble trois corps de fusée similaires : un bloc central et deux blocs latéraux qui fonctionnent comme des boosters. L’intérêt est de fournir beaucoup de poussée au décollage tout en mutualisant une même brique industrielle (mêmes réservoirs, moteurs, avionique), ce qui facilite la production et l’évolution du système. Les blocs latéraux peuvent être largués quand ils ne sont plus utiles, ce qui allège la fusée et améliore l’efficacité du reste de l’ascension. Cette architecture permet de décliner plus facilement des versions « légère » (moins de blocs) ou « lourde » (plus de blocs) en fonction des missions.

Que change le passage d’un propergol solide à un carburant liquide kerolox (kérosène + oxygène liquide) pour une fusée ?

Un propergol solide brûle selon un profil largement fixé à l’avance, avec peu de marge pour réduire, couper ou relancer la poussée. À l’inverse, un moteur à ergols liquides kerolox permet de moduler la poussée, de mieux piloter les trajectoires et de gérer des phases critiques comme la séparation d’étages ou un retour contrôlé. Le kerolox offre aussi de bonnes performances pour un coût et une complexité généralement inférieurs à ceux de couples cryogéniques comme l’hydrogène liquide. En contrepartie, il impose une logistique plus exigeante, notamment la gestion de l’oxygène liquide à très basse température et des opérations de remplissage plus sensibles.

Qu’est-ce qu’une orbite héliosynchrone, et pourquoi est-elle recherchée pour les satellites d’observation ?

Une orbite héliosynchrone est une orbite quasi polaire dont le plan tourne progressivement autour de la Terre, de façon à conserver une heure locale de passage à peu près constante au-dessus d’un même point. Concrètement, le satellite survole une zone toujours avec un éclairage solaire similaire, ce qui facilite la comparaison d’images dans le temps. C’est très utile pour la cartographie, la surveillance environnementale, l’agriculture ou le renseignement, car les ombres et la luminosité varient moins d’un passage à l’autre. Cette orbite se situe typiquement en orbite basse, avec des altitudes souvent de l’ordre de quelques centaines de kilomètres.