Un implant rétinien associé à des lunettes connectées vient de recevoir, en Europe, la première autorisation sur la restauration de la vision de forme chez des patients devenus aveugles à cause d’une dégénérescence maculaire liée à l’âge. Sa commercialisation démarre en Allemagne.

La dégénérescence maculaire liée à l’âge, la DMLA, détruit progressivement les cellules photoréceptrices situées au centre de la rétine, la zone dont dépendent la lecture et la reconnaissance des visages. Dans sa forme la plus sévère, l’atrophie géographique, aucun traitement ne redonnait jusqu’ici de vision aux patients concernés. Science Corporation, une entreprise américaine, a obtenu le marquage CE pour son implant PRIMA, une puce associée à une paire de lunettes équipée d’une caméra. Le lancement commercial débute en Allemagne, avant une extension progressive à d’autres pays européens.
Avant de rejoindre Science Corporation, des ingénieurs de Pixium Vision, une entreprise française spécialisée dans les implants rétiniens, avaient mis au point cette technologie pendant une dizaine d’années. Après avoir traversé des difficultés financières, Pixium Vision a cédé ses travaux à Science Corporation en 2024. Depuis, Max Hodak, cofondateur de Neuralink aux côtés d’Elon Musk, dirige Science Corporation, qui a poursuivi le développement clinique jusqu’à l’obtention du marquage CE.
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Une puce photovoltaïque convertit la lumière en impulsions électriques
Les cliniciens appellent ce résultat la restauration de la vision de forme, c’est-à-dire la capacité à distinguer des lettres imprimées et c’est une avancée inédite pour ce type de dispositif. Des chirurgiens implantent la puce PRIMA sous la rétine, au niveau de la zone atteinte par l’atrophie. Ce composant de deux millimètres sur deux comporte 378 pixels photovoltaïques. Une caméra frontale, fixée sur les lunettes associées, capte l’image placée devant le patient. Un projecteur renvoie ensuite cette image vers l’implant sous forme de lumière proche infrarouge, invisible à l’œil humain. Sous cette lumière, les pixels convertissent le signal en impulsions électriques, qui stimulent les cellules bipolaires encore fonctionnelles de la rétine. Le patient perçoit alors une image reconstituée, superposée à sa vision périphérique naturelle, intacte dans la plupart des cas. Contrairement à un implant filaire comme l’Argus II, la puce produit son électricité à partir de la lumière, comme un panneau solaire.
Les patients regagnent des capacités de lecture dans l’essai européen
Avec le financement de Science Corporation, l’équipe de recherche a réuni trente-huit participants dans dix-sept centres cliniques répartis dans cinq pays européens, dont plusieurs hôpitaux français, à Paris, Lyon, Bordeaux et Nantes. On vous en parlait à ce moment-là sur Clubic, douze mois après l’implantation, vingt-six des trente-deux patients suivis jusqu’au terme de l’essai, soit 81 %, ont obtenu une amélioration cliniquement significative de leur acuité visuelle. En moyenne, les participants ont gagné vingt-cinq lettres et demie sur une échelle de lecture standardisée, et 84 % d’entre eux ont déclaré lire des lettres, des chiffres ou des mots à leur domicile après un an d’utilisation. Selon Frank Holz, professeur d’ophtalmologie à l’université de Bonn et premier auteur de l’étude, des ingénieurs sont parvenus à concevoir une puce à la fois compacte et puissante grâce aux progrès technologiques récents, et son effet sur les patients reste considérable. Toutefois, dix-neuf des trente-huit participants ont connu au moins un événement indésirable grave lié à la procédure ou au dispositif au cours du suivi. L’hypertension oculaire est la complication la plus fréquente, avec six cas recensés et résolus. Par ailleurs, aux États-Unis, où Science Corporation collabore avec la Food and Drug Administration, l’entreprise a déjà obtenu une désignation de percée ainsi qu’une désignation d’usage humanitaire pour son dispositif, mais la FDA n’a pas encore délivré d’autorisation de mise sur le marché.
Des chercheurs évaluent aussi le dispositif pour d’autres maladies héréditaires de la rétine, notamment la maladie de Stargardt et la rétinite pigmentaire.