Après des semaines de bataille juridique, le rachat de Warner Bros. Discovery par Paramount est enfin débloqué. Ce deal à plus de 100 milliards de dollars doit faire naître un nouveau mastodonte hollywoodien, mais est aussi loin de faire l’unanimité.

En février dernier, Paramount et Warner Bros. Discovery s’accordaient sur une acquisition à hauteur de 110 milliards de dollars au terme d’une bataille acharnée avec Netflix, qui lorgnait également sur le studio historique. Mais au mois de juillet, douze États américains, menés par la Californie, ont attaqué cette fusion en justice.
Leur crainte : voir Paramount concentrer un pouvoir bien trop important sur la distribution de films, les grosses productions et les chaînes câblées. De quoi suspendre l’opération, une décision qui vient justement d’être levée.
Les engagements de Paramount
Ce lundi 21 septembre, Rob Bonta, procureur général de Californie, a ainsi annoncé un accord à l’amiable avec Paramount, mettant fin au litige qui bloquait la fusion depuis l’été. Dans une note adressée à ses équipes, le patron du groupe, David Ellison, a lui aussi confirmé avoir obtenu un feu vert complet, avec une finalisation du rachat espérée sous environ deux semaines.
Car Paramount a travaillé dur en coulisses afin d’obtenir gain de cause, et a finalement accepté plusieurs contreparties. La société s’engage, par exemple, à sortir 30 films en salle chaque année pendant deux ans, puis 32 par an pendant les trois années suivantes, dont au moins 20 % de grosses productions à gros budget. Si ces quotas ne sont pas respectés, l’entreprise devra payer une pénalité de 30 millions de dollars par film manquant. Elle disposera alors de six mois supplémentaires pour se mettre en règle, faute de quoi elle devra céder le studio Miramax.
En outre, Paramount promet d’augmenter ses dépenses de production aux États-Unis d’au moins 300 millions de dollars par an pendant cinq ans, et s’interdit de revendre les terrains de ses studios ou de ceux de Warner Bros. Le groupe met également en place un comité chargé de garantir l’indépendance éditoriale de CBS News et de CNN, et négociera séparément les tarifs de ses chaînes câblées et de celles de Warner Bros. Discovery pendant cinq ans. Un accord distinct a par ailleurs été trouvé avec le syndicat des scénaristes américains.
- moodRemboursement sous 30 jours
- devices2 connexions simultanées
- live_tvQualité vidéo : Full HD
- downloadLecture hors ligne disponible
- escalator_warningEspace enfant disponible
Un rachat hautement politique
Mais les voix s’élèvent déjà. Lina Khan, ancienne présidente de l’autorité américaine de la concurrence sous l’administration Biden, juge la fusion « manifestement illégale ». « Les mesures comportementales échouent systématiquement, et les enjeux sont ici particulièrement importants, car une démocratie forte nécessite des marchés ouverts pour garantir un journalisme de qualité et la liberté d’expression créative », assure-t-elle.
Même son de cloche du côté des associations de défense des médias. Free Press accuse notamment le procureur californien d’avoir renié son engagement à protéger consommateurs et salariés. De son côté, Public Knowledge estime que l’accord ne règle en rien le vrai problème posé par cette fusion : la disparition d’un concurrent.
Car, on le rappelle, cette opération s’inscrit dans un contexte politique tendu. Netflix s’est en effet retiré de la course après avoir compris que l’administration Trump donnait clairement sa préférence à Paramount, dirigée par le fils de Larry Ellison, grand ami du président américain. Il aurait multiplié les gestes envers Washington, notamment la promesse de revoir en profondeur la ligne éditoriale de CNN.
Le financement de l’opération, en partie assuré par des fonds souverains saoudiens, émiratis et qataris, alimente lui aussi les critiques sur l’indépendance réelle du futur groupe.