Les utilisateurs de Studio Display ne courent pas les rues. Ça me rassure. J’en déduis en effet que les gens dépensent intelligemment leur argent. Cela n’a pas été mon cas il y a deux ans lorsque j’investissais plus de 1700 euros dans un Studio Display de première génération. Une folie que je n’ai, croyez-le ou non, jamais regrettée… mais qui me pousse aujourd’hui à juger sévèrement Apple et son « nouveau » Studio Display 2. Un moniteur paresseux.

Le Studio Display 2026, qu'Apple France m'a fait parvenir en prêt. © Nathan Le Gohlisse pour Clubic
Le Studio Display 2026, qu'Apple France m'a fait parvenir en prêt. © Nathan Le Gohlisse pour Clubic
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Si vous avez la chance de pouvoir allouer plus de 1500 euros à l’achat d’un nouveau moniteur, il y a aujourd’hui de fortes chances que vous regardiez ailleurs que du côté du Studio Display. Et, soyons clairs : vous aurez raison. Au printemps 2024, ce n'est pourtant pas ce que j’ai fait. Je m’en expliquais d’ailleurs dans un article revenant sur mes expérimentations scabreuses avec l’écran… lorsque je souhaitais jouer en 5K avec lui, mais sous Windows 11. Une autre de mes lubies de l’époque, mais passons.

La raison pour laquelle j’ai choisi le Studio Display il y a deux ans est au fond d’une banalité infinie : j’étais pile dans la cible d’Apple avec ce moniteur. J’avais un gros budget à lui consacrer ; je suis utilisateur de macOS depuis des années, durablement piégé dans l’écosystème d’Apple ; je fais de la photo et donc du développement de fichiers RAW sur Lightroom, ce qui m'incite à accorder plus d’importance à la justesse des couleurs et à la finesse d’affichage qu’à la fréquence de rafraîchissement ou à la variété des connectiques.

Mon Studio Display 2022, à gauche, accompagné du nouveau Studio Display 2026. © Nathan Le Gohlisse pour Clubic

J’étais également séduit par l’esthétique de cet écran (autrement plus élégant que la myriade de vilains modèles en plastique vendus par la concurrence) ; par sa simplicité d’utilisation avec mon MacBook ; mais également par sa webcam intégrée (toujours bonne à prendre) et son système audio chiadé. Bref, tout ça pour vous dire qu’en dépit des énormes lacunes du Studio Display de première génération, l’écran haut de gamme d’Apple avait des qualités suffisantes pour me conduire à l’achat.

Voir Apple sonner la charge, pour la seconde fois sur le même créneau tarifaire, avec un écran quasi inchangé et des défauts complètement ignorés, ne m’inspirait toutefois plus aucune indulgence en mars dernier. Après un mois en compagnie du Studio Display de seconde génération, je peux vous assurer que l’ampleur de ma déception ne s’est point résorbée.

Permettez-moi de tirer sur l’ambulance…

Car ce qu’il faut dire, c’est que depuis son lancement initial en 2022, le Studio Display nous a quand même laissé le temps d’espérer un successeur beaucoup moins radin sur les specs et beaucoup plus en phase avec la réalité d’un marché sur lequel les bonnes références 5K (voire plus) deviennent désormais courantes. On pense par exemple au Dell UltraSharp 32 6K, au Samsung Viewfinity S9 5K, au dernier LG UltraFine Evo 6K, ou encore à l’ASUS ProArt Display 5K… tous lancés entre-temps.

Le Studio Display 2026, branché à un MacBook Pro 14. © Nathan Le Gohlisse pour Clubic

Pendant des mois, les rumeurs laissaient d’ailleurs présager un Studio Display 2, pas nécessairement plus accessible, mais mieux équipé. Il se murmurait qu’Apple proposerait une mouture révisée de son périphérique de luxe, équipée d’une nouvelle dalle IPS de 27 pouces à rétroéclairage Mini-LED et de la technologie 120 Hz ProMotion, pour aboutir à une sorte de Pro Display XDR miniature. Des prévisions qui se sont avérées justes… mais pour finalement donner lieu au Studio Display XDR, nouveau modèle intermédiaire, justement vendu à la place du Pro Display XDR, le tout à un prix délirant de 3 499 euros.

© Clubic
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Le Studio Display 2 « classique » est pour le coup délirant lui aussi, mais par son inertie.

Cette année, pour la modique somme de 1 699 euros (50 euros de moins que le Studio Display 2022, pourrait-on arguer), Apple nous refait le coup d’un moniteur sans pied ajustable — il faut à nouveau débourser 400 euros supplémentaires pour cette option, sans possibilité d’ajouter ledit pied réglable ultérieurement puisque la conception du Studio Display nous en empêche — et sans finition nano-texturée par défaut. Pour profiter de ce revêtement mat, il faut payer cher là aussi : 300 euros en plus. Sans lui, le Studio Display prend des airs de miroir, ce qui sera plus ou moins gênant d’un poste de travail à l’autre. Personnellement, je dois dire que cela ne m'a jamais tellement dérangé.

En retouche photo, le Studio Display est un régal. © Nathan Le Gohlisse pour Clubic

Outrageusement cher, le moniteur 27 pouces d’Apple demeure, quoi qu’il en soit, inchangé en termes de design ou de format (16:9). Il réutilise également jusqu’à plus soif la bonne vieille dalle 5K (5 120 x 2 880 pixels) / 60 Hz de l’ancien iMac Retina 5K abandonné par Apple… en 2022. Cherchez l’erreur.

N’y allons pas par quatre chemins, cette dalle est globalement dépassée. Surtout côté contraste. Il faut dire que sa conception remonte maintenant à près d’une décennie. Nos outils de mesure dressent d’ailleurs un portrait peu flatteur de l’écran sur ce point avec un taux de contraste piteux de 956: 1.

Apple ne parle pas du contraste sur la fiche technique de son Studio Display millésime 2026. On comprend pourquoi : nous sommes vraiment loin de ce que permettent les écrans mini-LED du Studio Display XDR ou des derniers MacBook Pro ; très loin de ce que permettrait n’importe quel moniteur OLED ou QD-OLED.

La dalle IPS 5K est la même que sur le modèle 2022. © Nathan Le Gohlisse pour Clubic

Sur le plan strictement visuel, la grande force de cet écran est à chercher du côté de la finesse d’affichage (218 pixels par pouce) et du pic de luminance, mesurée par nos soins à 599 cd/m2, ce qui est pour le coup en phase avec les annonces d’Apple. Ce pic de luminance, très satisfaisant pour une dalle LCD IPS à rétroéclairage LED « classique », est complété par un DeltaE irréprochable de 0,72, bien inférieur à l’indice de 3 au-delà duquel l’œil humain commence à percevoir le manque de justesse colorimétrique.

Les couleurs impeccables du Studio Display sont complétées par une calibration très valable par défaut. Au sortir du carton, nous relevons en effet 6722 kelvins. Une température proche des 6500 kelvins idéalement attendus. Quant à la couverture des spectres sRGB et DCI-P3 elle est elle aussi dans l’axe de ce que promet Apple, avec un gamut sRGB pris en charge à hauteur de 136%, tandis que l’espace de couleurs DCI-P3 est supporté à 96%.

« A bad Apple » ?

Globalement, ces chiffres sont identiques à ceux du Studio Display de première génération. Pour trouver des vrais changements sur le Studio Display 2, il faut s’intéresser à ce qu’Apple ne nous dit pas… à ce que la firme exploite étrangement très peu et très mal.

Les 27 pouces du Studio Display © Nathan Le Gohlisse

Dans les entrailles du moniteur se cachent en effet des composants remarquables pour ce qui n’est, après tout, qu’un écran IPS glorifié. Le Studio Display 2026 troque la puce A13, les 4 Go de LPDDR4X et les 64 Go de stockage interne de son prédécesseur pour l’A19 des iPhone 17 (oui, oui…) couplé à 12 Go de LDDR5X et 128 Go de stockage. En clair, le Studio Display 2 est à lui seul plus puissant sur le papier qu’un MacBook Neo. L’appareil est par ailleurs orchestré par son propre système d’exploitation, basé sur Darwin, qui sert de fondation à macOS depuis plus de 20 ans.

Que fait Apple de cette puissance de feu spectaculaire, assez unique sur le marché des moniteurs ? Pas grand-chose. Ne cherchez pas de prise en charge de la diffusion AirPlay ici, ou d’option AppleTV. Cette configuration interne bien cachée sert en réalité uniquement à la gestion de l’interface Thunderbolt, au pilotage de la webcam (compatible avec le cadrage automatique Center Stage) et des six haut-parleurs embarqués. Une débauche de moyens incompréhensible pour des fonctions aussi élémentaires.

Le pied inclinable est vendu en option... © Clubic
... voici quoi qu'il en soit l'amplitude qu'il propose. © Clubic

L’avantage ? Tout fonctionne vraiment au quart de tour. Du moins si vous utilisez un Mac, car le Studio Display, bien que capable de réagir convenablement face à un ordinateur Windows, ne vous facilitera jamais la tâche en la matière et vous privera même de certaines fonctionnalités toutes bêtes. En l’absence de boutons physiques et d’OSD, le réglage de la luminosité du Studio Display ne peut par exemple être effectué que depuis macOS.

L'écran est élégant, c'est l'un de ses quelques atouts. © Nathan Le Gohlisse pour Clubic

Quoi qu’il en soit, avec sa grosse puce A19, le moniteur d’Apple améliore le rendu de sa webcam 12 Mpx par rapport au premier modèle, délivrant une image plus lumineuse et moins lissée, sans toutefois faire de miracles. Apple assure également que les haut-parleurs gagnent en qualité. En comparant le son de mon Studio Display 2022 et du modèle 2026 sur les mêmes chansons, je serais cependant bien incapable de vous dire la différence.

Le Studio Display, quel que soit le modèle, dépote sur le plan audio. Bien au-dessus de n’importe quel écran concurrent en la matière, il me régale depuis deux ans avec sa stéréo très ample, ses graves étonnants pour un si petit « coffre » et sa quasi-absence de distorsion à plein volume. C’est bien simple, depuis que j’ai acheté cet écran, je n’utilise plus d’enceintes de bureau. Un sacré avantage pour gagner de la place et limiter toujours un peu plus le nombre de câbles dans son espace de travail. Sur ce point, le Studio Display 2 fait donc tout aussi bien que son grand frère.

À gauche, la webcam du Studio Display 2022 lissait toutes mes rides ! © Clubic
Les haut-parleurs sont logés derrières ces petites perforations. © Clubic
Les connectiques de l'écran... au grand complet. © Clubic

Le nouvel écran d’Apple monte par contre en gamme sur le plan des connectiques, avec le passage au standard Thunderbolt 5 (que l’on retrouve désormais sur les MacBook Pro M5 Pro et M5 Max, entre autres). Par ailleurs, Apple s'appuie dorénavant sur deux de ces ports Thunderbolt 5 à 120 Gbit/s (en plus de deux ports USB-C à 10 Gbit/s pour les périphériques).

Le premier est un port de réception auquel viendra se brancher le Mac (où il pourra d’ailleurs être alimenté à hauteur de 96 W, soit autant que le chargeur intermédiaire des MacBook Pro) ; le second est un port de diffusion sur lequel vous pourrez connecter un autre écran.

Pour ce test, c’est ce que j’ai fait. Pendant toute la durée de mes essais, mon Studio Display 2022 était ainsi connecté sur le port Thunderbolt 5 secondaire du Studio Display 2026… qui était pour sa part branché à mon MacBook Pro M5 Pro, en Thunderbolt 5 là aussi. Au départ de mon ordinateur, un seul câble me permettait donc de piloter avec une facilité sans faille deux écrans et 10K de définition en cumulé. Pas mal.

Deux Studio Display peuvent être branchés « en série » pour être pilotés par le Mac à laide d'un seuil câble Thunderbolt 5. © Clubic

Le problème, vous l’avez toutefois sous les yeux pour ainsi dire. On arrive à la fin de cet article et en toute bonne foi je ne peux pas vous dire que le nouveau Studio Display relègue mon modèle 2022 aux oubliettes. C’est même tout le contraire. Les changements d’un écran à l’autre sont tellement discrets (à l’exception peut-être du Thunderbolt 5, et encore) qu’il m’a fallu éplucher les fiches techniques des deux modèles pour savoir quoi vous dire. À l’usage et à l’œil nu, rien ne change, et c’est là tout l’échec d’Apple avec ce produit.

© Clubic
© Clubic

Moralité : en achetant mon Studio Display il y a deux ans, j’ai investi mes 1700 euros plus intelligemment que je ne l’aurais pensé au départ. Pas tant au regard des spécifications initiales de cet étrange écran, ou de ce qu’il proposait à l’époque… mais parce qu’Apple a finalement été trop fainéant pour le surclasser — quatre ans plus tard (!) — avec son Studio Display de seconde génération. Un remplaçant qui peine à justifier son existence face au modèle précédent, et qui donne surtout le sentiment d’une occasion manquée au regard de ce qu’il aurait pu être.

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