Airbus, Safran, Technip Energies et Tereos ont annoncé mardi la création de Rebound, une joint-venture pour produire du carburant d'aviation durable depuis le port de Dunkerque, avec un objectif de 160 000 tonnes de SAF par an.

Airbus A321 XLR, fervent utilisateur de SAF, le carburant d'aviation durable. © Alexandre Boero / Clubic
Airbus A321 XLR, fervent utilisateur de SAF, le carburant d'aviation durable. © Alexandre Boero / Clubic

Depuis ce mardi 9 juin 2026, c'est officiel, quatre acteurs majeurs de l'industrie française et européenne ont décidé de s'associer pour produire du SAF, donc du carburant d'aviation durable visant à émettre moins de CO2, à grande échelle et directement dans le nord de la France, via une société baptisée Rebound. La technologie au cœur du projet, l'Alcohol-to-Jet, convertit des résidus agricoles en carburant compatible avec les avions actuels. Si tout se passe comme prévu, Rebound pourrait devenir l'une des plus grandes installations du genre en Europe, avec une capacité de 160 000 tonnes de carburant d'aviation durable chaque année.

Rebound, le projet d'Airbus, Safran et leurs alliés pour faire voler les avions avec du carburant durable

Mais de quoi parle-t-on, avec Rebound ? Concrètement, le procédé Alcohol-to-Jet part de déchets agricoles et forestiers pour en extraire de l'éthanol, qu'il transforme ensuite en carburant aérien dit « drop-in », c'est-à-dire directement miscible avec le kérosène classique, ou autrement dit, il transforme le tout en carburant pour avions. Le résultat, c'est qu'on a ici un SAF qui se mélange directement au kérosène ordinaire, sans modifier ni les moteurs, ni les avions, ni les infrastructures aéroportuaires existantes.

Chaque partenaire occupe un maillon précis de la chaîne. Tereos, une coopérative agricole française et leader européen de la production d'éthanol, fournira la matière première. Technip Energies, dont l'expertise en ingénierie de procédés n'est plus à démontrer, pilote le développement du projet et coordonne les études techniques qui mèneront, à terme, à une décision finale d'investissement.

Quant aux géants de l'aéronautique, Airbus et Safran, ils œuvrent sur ce projet en tant que partenaires industriels et acheteurs potentiels du carburant produit. Ensemble, les quatre acteurs couvrent l'intégralité de la chaîne de valeur, du résidu agricole au réacteur d'avion, une cohérence industrielle rare, il faut le dire, portée sous pavillon entièrement européen, à l'heure où la souveraineté énergétique revient en force dans les discussions continentales.

Aperçu 3D des projets SAF au port de Dunkerque. © Technip Energies
Aperçu 3D des projets SAF au port de Dunkerque. © Technip Energies

Un calendrier exigeant avant que la première goutte de SAF soit produite à Dunkerque

Le projet est en tout cas bien avancé, puisqu'un site a déjà été sécurisé. Le port de Dunkerque a en effet attribué à Technip Energies un terrain industriel qui, sur le papier, offre de sérieux atouts logistiques pour l'acheminement des matières premières et la distribution du SAF produit. La finalisation officielle de la joint-venture Rebound est, elle, attendue pour le second semestre 2026.

Avant de couper le ruban, le traditionnel parcours du combattant technique et administratif les attend. Entre le choix du licencié technologique, l'obtention des permis, le lancement des études d'ingénierie de base (pré-FEED et FEED), ou encore la finalisation des contrats d'achat du SAF, les étapes à valider avant que la décision finale d'investissement ne soit officiellement actée sont assez nombreuses, vous l'imaginez.

Le calendrier joue en faveur du projet. Car l'Europe oblige désormais les compagnies aériennes à incorporer une part croissante de SAF dans leurs carburants, avec 6 % dès 2030, puis 70 % d'ici 2050. Cela veut dire que la demande va être multipliée par huit en vingt ans, une dynamique de marché dont Rebound entend bien tirer parti.