Le carburant d'aviation durable (SAF) est aujourd'hui, pour Airbus, la solution la plus prometteuse pour réduire l'empreinte carbone de l'aérien, car beaucoup moins polluant que le kérosène. Mais son prix est encore son principal obstacle.

Airbus mise beaucoup sur le SAF. L'Airbus A321 XLR, ici en image, fait partie de ces appareils pouvant embarquer du carburant d'aviation durable. © Alexandre Boero / Clubic
Airbus mise beaucoup sur le SAF. L'Airbus A321 XLR, ici en image, fait partie de ces appareils pouvant embarquer du carburant d'aviation durable. © Alexandre Boero / Clubic

L'industrie aéronautique cherche des solutions pour réduire son impact environnemental. Bien qu'encore très coûteuse, le SAF, le carburant d'aviation durable, en est une. Rencontré lors de l'Airbus Summit 2025, Julien Manhes, responsable des carburants d'aviation durables chez Airbus, nous explique en détail le fonctionnement du SAF et son potentiel pour décarboner l'aviation. Il présente aussi l'initiative Book and Claim lancée par Airbus cette semaine pour accélérer son adoption.

Le SAF, une alternative circulaire au kérosène traditionnel

« Le carburant d'aviation durable, il faut avant tout le considérer comme un carburant synthétique. C'est-à-dire que nous avons un carburant qui n'utilise pas du fossile pour la fabrication », explique Julien Manhes. Le procédé le plus courant aujourd'hui consiste à utiliser de l'huile de friture usagée, qui est transformée par une série de procédés chimiques en carburant d'aviation. « C'est un carburant sur lequel on va utiliser aujourd'hui de la biomasse ».

Ce qui rend le SAF véritablement « durable », c'est son cycle de vie carbone. « La biomasse, pour grandir, a absorbé du CO2 dans l'atmosphère. Ensuite, on le transforme en carburant, on le brûle et on relâche le CO2. On est dans une notion de circularité », précise Julien Manhes. Cette circularité permet au SAF d'avoir un impact carbone en moyenne 80% inférieur à celui du carburant fossile.

L'un des avantages du SAF, c'est qu'il réside dans sa compatibilité avec les infrastructures existantes. « Il n'y a strictement rien à faire au niveau des infrastructures. Il n'y a rien à faire au niveau des avions ou des hélicoptères, et c'est ce qui le rend très facilement utilisable aujourd'hui d'un point de vue technique », souligne celui qui fêtera ses 20 ans chez Airbus l'année prochaine. Le SAF est généralement mélangé avec du kérosène classique pour respecter les spécifications techniques requises, nous allons y revenir.

Julien Manhes est le responsable des carburants d'aviation durables et de la capture du dioxyde de carbone chez Airbus. © Alexandre Boero / Clubic
Julien Manhes est le responsable des carburants d'aviation durables et de la capture du dioxyde de carbone chez Airbus. © Alexandre Boero / Clubic

L'initiative « Book and Claim », lancée par Airbus, vise à surmonter les obstacles logistiques et les coûts trop élevés

S'il n'y a pas de problème sur le plan technique, le principal frein à l'adoption massive du SAF reste son coût. « Aujourd'hui, une tonne de kérosène coûte environ 1 000 euros. Une tonne de carburant d'aviation durable, c'est environ 2 500 euros, donc c'est entre 2 et 3 fois plus cher », nous détaille Julien Manhes. Un surcoût difficile à absorber pour les compagnies aériennes sans répercussion sur les prix des billets.

« Aujourd'hui, les carburants d'aviation durable sont significativement plus chers que le kérosène. C'est deux, trois, quatre ou cinq fois le coût », a confirmé le PDG d'Airbus Guillaume Faury à Clubic, un peu plus tôt. « Avec des aides, des filières et une taxation différentes selon les régions du globe, cet écart de prix pousse aujourd'hui les compagnies aériennes à privilégier l'achat d'avions économes, plutôt que l'utilisation de carburants durables », ajoute-t-il.

Pour accélérer l'adoption du SAF, Airbus a ainsi lancé le 25 mars 2025 l'initiative Book and Claim. « C'est comme un système de crédits carbone pour l'aviation. Les compagnies peuvent acheter le bénéfice environnemental du SAF sans avoir à le transporter physiquement jusqu'à leur aéroport », explique Manhes. Cette solution ingénieuse permet notamment aux petits opérateurs d'hélicoptères de réduire leur empreinte carbone sans affronter les défis logistiques liés à l'approvisionnement en carburant durable dans des zones éloignées.

Comme nous l'indique le communiqué officiel d'Airbus, « le Book and Claim permet à un acheteur de "réserver" une certaine quantité de SAF et de "réclamer" la réduction d'émissions correspondante, même si le carburant est utilisé ailleurs. » Plusieurs entreprises, dont SMBC Aviation Capital, AerCap et Luxaviation, ont déjà manifesté leur intérêt pour rejoindre cette initiative collaborative.

L'Airbus A321 XLR peut voler avec du SAF, comme tous les avions Airbus d'ailleurs. © Alexandre Boero / Clubic

L'Europe pousse pour l'adoption des SAF, ce qui poussera les compagnies à augmenter le prix des billets d'avion

Pour stimuler l'adoption du SAF, l'Europe a mis en place la réglementation dite ReFuel EU, qui impose une incorporation progressive de 2% de la production à partir de 2025, puis 6% en 2030, et 20% en 2035. Julien Manhes tient néanmoins à nous prévenir : « Les compagnies aériennes vont devoir s'y plier, mais ça veut sans doute dire que le prix du billet en Europe va augmenter. »

Le patron d'Airbus, Guillaume Faury, a un peu plus tôt confirmé toujours au micro de Clubic l'importance de cette transition, en mettant en lumière à son tour les problèmes de coûts à ce stade : « Notre objectif, c'est de décarboner l'aviation. Si on arrive à résoudre ce problème-là, on a le moyen de transport ultime, et il deviendra très respectueux de l'environnement », nous dit-il. Et le dirigeant de rappeler que « l'aviation émet 2 à 2,5% de carbone tous secteurs confondus, et ça depuis 30 ans. Il y a une vraie stabilité, alors que le trafic double tous les 15 ans. »

À plus long terme, Airbus explore de nouvelles méthodes de production. « La prochaine recette qui va arriver sur le marché, c'est celle à partir de l'éthanol », révèle Julien Manhes. L'éthanol, on le retrouve déjà dans les voitures à essence. Plus lointaine encore, la technologie des e-fuels combinant hydrogène vert et CO2 d'origine biogénique pourrait offrir une solution encore plus durable. En parallèle, il existe la solution de l'hydrogène, mais sa mise en œuvre n'est désormais pas prévue avant les années 2040.