Le voyage commence dans l'espace. Quelques livres, un fusée en forme de train, sortie d'un canon et de l'imagination de Jules Vernes. Nous sommes chez les précurseurs. Verne, mais aussi Voltaire et son Micromégas pour la littérature, Georges Méliès et Fritz Lang pour le cinéma. Le décor et le ton sont posés : la science-fiction, ce n'est pas qu'une affaire d'enfants imaginatifs, les plus grands s'y essaient. Pour preuve, ces grands scientifiques, également parmi les meilleurs auteurs de science-fiction. Asimov n'a-t-il pas énoncé les trois lois de la robotique, et Arthur C. Clarke imaginé les satellites géostationnaires ?
Et forcément, quand on remonte aux sources, on tombe dans l'espace. Rêves de conquête et de gloire pour des générations, c'est pendant la guerre froide que l'espace a le plus inspiré. Guerre froide oblige, évidemment, puisque l'époque était propice à la course aux étoiles. Méliès, inventeur de la narration cinématographique, n'a pas connu la guerre froide - il n'a même pas vécu la seconde guerre mondiale, en fait - mais envoyait déjà ses héros dans la Lune. Magie du domaine public, on peut retrouver Voyage dans la Lune sur Youtube :
L'écran géant change de séquence. Autre film, autre époque, les scientifiques du moment ne ressemblent plus à un Merlin l'Enchanteur de Walt Disney, mais à de gros bonshommes Michelin équipés d'une visière. Une autre borne nous apprend justement les contraintes liées aux combinaisons spatiales, et leur évolution au fil des missions. Poids, résistance au vide, au froid, aux particules... On commence alors à comprendre l'intérêt de l'exposition. Ludique et visuelle, c'est aussi une mine d'information pour tous les niveaux. Les néophytes saisiront quelques-unes des clés qui permettent d'appréhender la science au travers de la science-fiction, quand les plus avertis pourront faire chauffer leurs neurones sur certains des plus étonnants problèmes soulevés - à ce titre, l'équation de décalage de temps lors d'un voyage à une vitesse proche de celle de la lumière est des plus convaincantes.
La suite est plus connue. Star Wars, Star Trek, Battlestar Galactica, Retour vers le futur, Le cinquième élément ou I, Robot éclairent chacun à sa façon les questions de l'espace, du temps, de la robotique, de la manipulation du vivant, ou des sociétés extraterrestres. On en apprend autant sur la génétique ou la mécanique que sur le space-opéra ou la fiction sur la robotique. On peut regretter l'absence de certains genres - le cyberpunk, dont le fondateur William Gibson n'est visiblement pas du goût des commissaires d'exposition - ou le peu d'espace laissés au réseau. La salle dédiée à Matrix fait ici figure d'exception, mais tient plus de la performance artistique que de l'analyse d'oeuvre.
Au final, l'exposition peut plaire aux plus technophiles comme aux plus réticents à la science et à la science-fiction. L'exposition est néanmoins assez longue et dense, il faudra donc prévoir le temps de rentabiliser son billet d'entrée. Un mini-site a spécialement été conçu par la Cité des Sciences au moment de l'ouverture de l'exposition, en octobre dernier.
Pour en savoir plus :
Science et fiction - aventures croisées
Cité des Sciences de la Villette à Paris