Journaux, télévisions, radios et sites web français réclament près de 1,4 milliard d'euros à Meta devant la justice parisienne. Les 101 groupes plaignants accusent Facebook et Instagram d'avoir capté une part du marché publicitaire grâce à des données personnelles collectées sans consentement valable.

L'Équipe, Le Figaro, Libération, Ouest-France, TF1, France Télévisions, Radio France et Dailymotion ont saisi ensemble le tribunal des activités économiques de Paris, le 30 avril 2025. Jamais des médias français n'avaient lancé contre Meta une telle offensive. Les plaignants avaient gardé leur chiffrage secret jusqu'à une première décision du tribunal, rendue le 21 septembre. L'Informé
a révélé mercredi 7 octobre le montant de leurs demandes, inscrit dans une première décision du tribunal rendue le 21 septembre. Selon les plaignants, Facebook et Instagram ont ciblé leurs utilisateurs sans leur accord, alors que les sites de presse devaient afficher un bandeau de cookies à chaque visiteur.
Un préjudice calculé à partir du bandeau de cookies
Le cabinet américain Charles River Associates a estimé à près de 1,4 milliard d'euros le préjudice subi par les 101 médias depuis l'entrée en vigueur du RGPD, en mai 2018. Ses experts ont épluché les revenus publicitaires de Meta entre 2015 et 2023, ainsi que la valeur que les annonceurs accordent aux données personnelles collectées par Facebook et Instagram. Ils ont aussi mesuré combien de visiteurs un site perd quand il leur demande d'accepter les cookies. Un lecteur qui refuse les cookies sur le site d'un journal ne voit plus que des publicités génériques, que le média vend moins cher. D'après les plaignants, Meta ne demandait pas l'accord de ses utilisateurs pendant ces années, ce qui lui permettait de proposer aux annonceurs un ciblage plus précis.
Avant le débat sur le fond, Meta a demandé au tribunal l'accès aux données de l'expert. L'entreprise voulait aussi que les 101 médias prouvent qu'ils respectent le RGPD. Les plaignants ont répondu avec l'exemple de Madrid, où le tribunal de commerce a condamné Meta en novembre 2025 à verser plus de 540 millions d'euros, intérêts compris, à 87 éditeurs et agences de presse espagnols. Le juge espagnol n'avait pas demandé ce type de preuve aux éditeurs. Le juge parisien a suivi les médias sur ce point. Il estime que leur réclamer ces preuves aujourd'hui « s'avère prématuré et disproportionné (...) pour éclairer les débats à ce stade de la procédure ».
Meta pourra en revanche consulter le calcul de Charles River Associates, mais seulement dans un cercle restreint défini par le tribunal. Ce cercle réunira quatre représentants au maximum par média et huit personnes chez Meta, notamment des juristes et des financiers. Avec leurs avocats, ils auront accès aux sources et aux hypothèses de l'expert. Aucun d'eux ne devra avoir de lien direct avec des annonceurs ou des agences médias.

Les fondements juridiques changeants de la publicité de Meta
Pour fonder leur demande, les plaignants invoquent deux sanctions prononcées contre Meta par le régulateur irlandais des données personnelles (DPC). Jusqu'au début de l'année 2023, un utilisateur de Facebook ou d'Instagram acceptait la publicité ciblée en validant les conditions générales, sans case à cocher dédiée. Sur injonction du Comité européen de la protection des données, la DPC a sanctionné cette pratique en janvier 2023 par une amende de 390 millions d'euros.
Meta a d'abord invoqué l'« intérêt légitime » au printemps 2023, puis a annoncé le 1er août suivant qu'il demanderait l'accord explicite des utilisateurs européens. Le tribunal de Madrid a d'ailleurs condamné Meta pour la seule période qui court du 25 mai 2018, date d'entrée en vigueur du RGPD, au 1er août 2023. Trois mois plus tard, Meta a lancé en Europe un abonnement sans publicité, à 9,99 euros par mois sur ordinateur, pour les utilisateurs qui refusaient le ciblage.
Meta a réalisé en 2025 un chiffre d'affaires de près de 201 milliards de dollars, pour un bénéfice net de 60,4 milliards. Les 1,4 milliard d'euros réclamés par les médias français équivalent à une dizaine de jours de ce bénéfice. Ni l'avocate des 101 médias ni Meta n'ont souhaité commenter la procédure auprès de L'Informé.