Les autorités de 38 pays, dont la France et Europol, ont démantelé cette semaine la plateforme Kidflix, un réseau d'exploitation sexuelle d'enfants qui opérait depuis 2021. Près de 1 400 suspects ont été identifiés.

Les autorités ont fait tomber la plateforme Kidflix © Europol
Les autorités ont fait tomber la plateforme Kidflix © Europol

Il était l'un des plus grands réseaux de pédophilie au monde, et il vient d'être mis hors d'état de nuire par Europol. Kidflix, une plateforme au nom d'emblée effroyable totalisant près de 1,8 million d'utilisateurs, a été démantelée lors d'une opération coordonnée par l'agence européenne. Cette action sans précédent, dont les résultats ont été communiqués mercredi, impliquait 38 pays. Elle a permis d'identifier près de 1 400 suspects et d'en arrêter 79 autres

Kidflix, une infrastructure criminelle sophistiquée

Créée en 2021, Kidflix est vite devenue l'une des plateformes préférées des pédophiles. Son fonctionnement reposait sur un système de tokens acquis à l'aide de cryptomonnaies, qui donnaient ensuite la possibilité aux utilisateurs de télécharger et de visionner du contenu illicite. Plus pernicieux encore, la plateforme encourageait les utilisateurs à contribuer au système. Ces derniers pouvaient, en échange de jetons, vérifier et classer par catégories les vidéos.

Le serveur saisi le 11 mars 2025 par les autorités allemandes et néerlandaises contenait environ 72 000 vidéos. Selon les enquêteurs, plus de 91 000 vidéos uniques ont circulé sur la plateforme depuis sa création, ce qui représente plus de 6 200 heures de contenu. En moyenne, 3,5 nouvelles vidéos étaient mises en ligne chaque heure.

Les criminels pouvaient consulter les vidéos en plusieurs qualités. Pour accéder aux versions haute définition, ils devaient payer un supplément. Cette monétisation immonde du crime a permis au créateur de la plateforme d'engranger d'importants profits pas encore quantifiés, tout en causant des dommages irréparables aux victimes.

Une coopération internationale sans précédent

L'intervention, baptisée « Opération Stream » par Europol, représente tout simplement la plus grande opération jamais menée par les experts de l'agence dans la lutte contre l'exploitation sexuelle des enfants. L'enquête, démarrée dès 2022 et dirigée par la police criminelle de Bavière et le bureau central bavarois pour la poursuite de la cybercriminalité, a ainsi abouti à deux semaines d'actions ciblées au mois de mars.

Les résultats sont impressionnants. En quelques données, on note 1 393 suspects identifiés, 79 arrestations effectuées, plus de 3 000 appareils électroniques saisis et 39 enfants mis sous protection. La France, par l'intermédiaire de la direction nationale de la police judiciaire (DNPJ) et de l'Office mineurs (OFMIN), figure parmi les 38 pays participants, aux côtés de l'Allemagne, des États-Unis, du Canada et de l'Australie.

Catherine De Bolle, la directrice d'Europol, n'a pas manqué de souligner dans un communiqué l'importance de cette opération. « Il ne s'agit pas simplement d'un problème technique ou cyber. Il y a de véritables victimes derrière ces crimes, et ces victimes sont des enfants », a-t-elle déploré. L'analyse des données a révélé que la plupart des suspects étaient des récidivistes déjà connus des services de police.