Dévoilé lors du MWC de Barcelone en février dernier, le Hisense Infinity H30 est un smartphone comme l'empire du Milieu en produit à la pelle. De visu, difficile de le différencier d'un terminal de même gamme signé Honor, Huawei ou Xiaomi. Mauvaise nouvelle : lorsque l'on y plonge, la proposition de Hisense ne parvient pas plus à se démarquer de la rude concurrence officiant sur cette gamme débordante de l'entrée/milieu de gamme.
Est-ce rédhibitoire pour autant ? Sur bien des points, oui. Car nous allons le voir, le Infinity H30 n'est pas seulement un smartphone qui manque de personnalité...
Le Hisense Infinity H30 est déjà disponible au tarif conseillé de 259€.
Hisense Infinity H30 : la fiche technique
Les fins connaisseurs de notre industrie savent déjà ce que contient un smartphone chinois vendu sous la barre des 300€. Évidemment, le smartphone échappe à une dalle OLED, et bénéficie d'une énorme batterie - certains cahiers des charges ne changent pas.Le Hisense Infinity H30, c'est :
- Écran : 6,50 pouces (19,5:9), LCD IPS, définition de 2340 x 1080 pixels (395 ppi) couvrant environ 82,8% de la face avant
- SoC : MediaTek Helio P70 (12 nm, 8 cœurs jusqu'à 2,1 GHz)
- Mémoire vive : 4 Go
- Stockage interne : 64 Go (extensible jusqu'à 128 Go via microSD)
- Batterie : 4 530 mAh + compatible MediaTek Pump Express 2.0
- Étanchéité : Non
- Prise jack 3,5 mm : Oui
- Appareils photo arrière : capteur 16 MP (ƒ/2,2) + 2 MP (ƒ/ ?) pour la profondeur
- Appareil photo avant : 20 MP (f/2)
- Capteur d'empreintes : Oui, au dos
- Recharge inversée : Non
- Double SIM : Non
- OS : Android 9.0 Pie + surcouche constructeur
- Coloris : vert givré et ultra violet
- Prix : 259€
À première vue, rien de bien impressionnant donc. SoC mis à part (Hisense est l'un des rares constructeurs à se fournir du côté de chez MediaTek), on retrouve là une fiche technique proche d'un Huawei P Smart (2019), son concurrent direct, vendu 249€.
Dans la boîte, le Hisense Infinity H30 s'accompagne d'une coque en silicone transparent, d'un adaptateur secteur 5V/2A, d'un câble USB-C et d'une paire d'écouteurs en jack 3,5 mm.
Un design sans prise de risque
On l'a dit : le Hisense Infinity H30 ressemble à n'importe quel smartphone d'entrée de gamme mis sur le marché ces deux dernières années. Reste que, par rapport à son aîné le Infinity H12 (allez comprendre), l'esthétique du smartphone représentant le milieu de gamme de Hisense a progressé, dans le bon sens.Nous avons ici affaire à un smartphone de taille généreuse (164,4 x 77,1 x 8,75 mm pour 183 grammes) qui, malgré tout, se manipule assez facilement. Contrairement à son prédécesseur donc, son écran de 6,5" troque une épaisse encoche par une « goutte d'eau » logeant l'appareil photo frontal.
Qu'on ne s'y trompe pas : l'appareil est malgré tout doté d'épaisses bordures. En dépit de ses revendications « plein écran », celui-ci n'occupe au mieux que 83% de la face avant du téléphone. Un chiffre qui reste malgré tout honorable à ce niveau de prix.
Malgré une encoche réduite, le smartphone affiche de généreuses bordures. © Pierre Crochart pour Clubic
Une très légère courbure se laisse observer sur les tranches de l'appareil au niveau du dos, ce qui favorise la préhension de l'appareil. Reste qu'esthétiquement, nous sommes bien sur un smartphone à bas prix. L'ensemble est conçu en plastique, et même les jolis coloris dans lesquelles le Hisense Infinity H30 est proposé ne parviennent pas à nous faire oublier ce côté irrémédiablement cheap.
Comme une bonne partie de ses concurrents, le H30 se dote, au dos, d'un duo de modules photo disposés en ligne verticale sur la gauche. Le centre de l'appareil est surmonté d'un capteur d'empreintes digitales tout ce qu'il y a de plus classique. À la manière d'un Honor ou d'un Huawei, l'estampe de la marque est disposée à la verticale sur la partie basse de la face dorsale.
La tranche droite embarque les boutons d'allumage et de réglage du volume. À l'opposé, on trouvera le tiroir de carte SIM ainsi qu'un « Smart Button », reconfigurable à souhait (une très bonne idée), qui permet entre autres de rappeler l'application précédente, ou encore de contrôler sa musique. Le tout est idéalement placé, et tombe tout naturellement sous les doigts.
La tranche gauche est dotée d'un bouton reconfigurable permettant d'effectuer des actions rapides. © Pierre Crochart pour Clubic
Le bas de l'appareil regroupe, enfin, le port jack 3,5 mm, le port USB-C et une minuscule grille de haut-parleur, lesquels produisent un son médiocre. C'est dit.
Un écran généreux mais mal calibré
La taille de 6,5 pouces tend à devenir la norme sur le segment de l'entrée / milieu de gamme. Un form factor auquel on s'habitue, et qui offre - c'est vrai - de belles perspectives de divertissement sur smartphone.Que ce soit pour visionner de la vidéo, ou jouer à des jeux, il est toujours agréable de bénéficier d'un grand écran. Malheureusement, celui du Infinity H30 ne répond pas à nos attentes, et ce pour plusieurs raisons.
D'abord pour des questions purement techniques. Faiblement défini (395 ppi), l'écran IPS du H30 laissera fatalement apparaître d'épais pixels à l'œil de l'utilisateur. Pas aidé, il est vrai, par une surcouche maison (très proche d'Android Stock) faisant la part belle aux icônes de grande taille, l'interface apparaîtra aux plus sensibles comme « aliasée » - soit sujette à l'effet de crénelage du à une résolution insuffisante.
Technique toujours : l'écran du H30 ne couvre que 76% de l'espace colorimétrique NTSC et affiche des couleurs ternes, très froides. Pire ! Il est impossible de corriger le tir via une roue chromatique dans les réglages (sommaires) du téléphone. Très inhabituel pour un smartphone Android.
Le contraste est lui aussi un peu à la ramasse. Fatalement moins prononcé que sur un écran OLED, la dalle choisie par Hisense remplit difficilement son office. Heureusement, sa luminosité maximale, située autour de 400 cd/m², permet une utilisation plutôt confortable en plein soleil.
Néanmoins, si ces détails ennuieront les plus pointilleux, ils ne gêneront probablement pas la grande majorité des utilisateurs. Dans les faits, la lecture et le visionnage de vidéo restent parfaitement agréables, et les bénéfices d'un si grand écran ne tardent pas à produire leur effet. Sauf que...
Sauf que le H30 n'est tout simplement pas certifié Widevine L1, et que l'on doit donc se contenter de contenus vidéo plafonnés à 480p. Autant dire qu'avec un écran de si belle taille, le bât blesse, et pas qu'un peu.
Le Hisense H30 n'est pas certifié Widevine L1, et ne peut donc pas diffuser de contenus vidéo en HD. © Pierre Crochart pour Clubic
Et l'interface dans tout ça ?
Comme écrit plus haut, le Hisense Infinity H30 est pourvu d'une légère surcouche maison appliquée sur Android dans sa version 9.0 Pie. Concrètement, son fonctionnement ne diffère pas d'un smartphone tournant sous Android Stock, et l'on retrouve le Pixel Launcher (toujours aussi déroutant) pour la navigation gestuelle.
Malgré tout, quelques soucis d'interface se sont fait ressentir durant notre test. Il est arrivé que la barre de navigation se superpose inutilement à un pan de l'interface, empêchant, par exemple, de saisir du texte, ou cachant une partie d'un lecteur vidéo, gênant ainsi la lecture.
Des performances correctes
Peu habitués à mettre à l'épreuve les SoC signés de MediaTek, nous nous sommes lancés dans notre batterie de tests habituels, pleins d'appréhension. Il faut dire qu'en plus d'être méconnues, les plates-formes Helio du constructeur taïwanais souffrent d'un certain retard en matière de finesse de gravure de leurs micro-processeurs.Le Helio P70 qui équipe ce Hisense H30 reste néanmoins parfaitement raccord avec le Kirin 710 qui alimente son concurrent le Huawei P Smart. Nous avons affaire à deux processeurs huit cœurs, gravés en 12 nm. Mais à notre grande surprise, le smartphone de Hisense s'en est mieux tiré que son rival sur nos applications de benchmark.
Sur AnTuTu tout d'abord, le Hisense Infinity H30 a récolté 140 737 points (130 237 pour le P Smart 2019). Il faut dire qu'à ce niveau de prix, l'ajout d'un giga de RAM change pas mal la donne question performances. Geekbench nous confirme la légère supériorité de notre smartphone du jour avec 1 558 points en single-core et 5 607 en multi-core.
Les résultats du Hisense Infinity H30 sur AnTuTu Benchmark et Geekbench
La puce de stockage du smartphone produit quant à elle des résultats parfaitement dans la norme de cette gamme d'appareils. Via Androbench, nous avons relevé les débits suivants : 294,38 Mb/s en lecture séquentielle, et 206,78 Mb/s en écriture.
Ainsi, l'utilisation du smartphone est, la plupart du temps, fluide. L'appareil réagit bien aux interactions et le déverrouillage comme le lancement de multiples applications ne posent aucun problème, même effectués rapidement.
Le capteur d'empreintes fonctionne comme un charme, et la reconnaissance (2D) du visage est plutôt rapide elle aussi.
Fortnite étant incompatible avec le smartphone, nous nous sommes rabattus sur PUBG Mobile pour mettre à l'épreuve le Hisense H30 sur un jeu vidéo gourmand. Sans surprise, nous avons pu nous adonner à de longues sessions avec les réglages de qualité établis sur « Moyen ».
Nous émettons malgré tout une énorme réserve quant à la chauffe du smartphone, qui n'aime décidément pas les périodes de jeu prolongées. Une petite vingtaine de minutes sur PUBG Mobile ont suffi pour que le mercure grimpe à 68°C au niveau du CPU, et 42°C pour la batterie. Suffisant pour rendre l'exercice inconfortable.
Une autonomie de très haut niveau
Vous l'aurez compris, il est jusqu'à présent difficile de se faire un avis tranché sur le Hisense H30. Mais s'il est une catégorie de test sur laquelle le smartphone chinois excelle, c'est bien l'autonomie.Avantageusement doté d'un accumulateur de 4 530 mAh, le H30 se couple aussi à un SoC relativement économe en énergie rallongeant encore sa longévité.
C'est simple à l'heure où sont écrites ces lignes, le Hisense Infinity H30 est toujours allumé, après trois jours d'utilisation. Il affiche 4% de batterie restante, malgré un usage total de l'écran de 9 heures et 19 minutes ! Un record absolu parmi tous les smartphones passés entre nos mains en 2019. C'est même (beaucoup) mieux que le Redmi Note 7, pourtant déjà champion de cette catégorie.
Dommage que ces prouesses d'endurance ne se retrouvent pas au niveau de la recharge - plutôt lente. Incompatible avec la Quick Charge, la recharge du smartphone se repose sur la technologie MediaTek Pump Express 2.0, qui n'est malheureusement pas vraiment mise à profit avec l'adaptateur secteur 5V/2A fourni avec le smartphone.
En 30 minutes, le H30 n'aura récupéré que 21% d'autonomie. Il vous faudra patienter 2 heures 30 minutes exactement pour le voir passer de 0 à 100%.
Des photos la plupart du temps inexploitables
Malgré de très bons points récoltés sur le plan de l'autonomie, le couperet doit tomber pour de bon, et c'est toute la partie photo du Hisense Infinity H30 qui va trinquer.Reposant sur un simple duo 16+2 mégapixels, on ne pouvait s'attendre à des résultats éblouissants. Comme nombre de ses congénères, le H30 n'offre même pas de réel télé-objectif, et ne met à profit le second capteur de deux mégapixels que pour la capture de la profondeur de champ, en mode « Portrait ».
On pourrait pardonner cela, si le capteur principal offrait matière à se réjouir. Il n'en est rien. Qu'importent les conditions lumineuses, les photos produites par le capteur 16 mégapixels (ƒ/2,2) ne sont jamais impressionnantes. Pire : elles sont souvent mauvaises.
La diffraction de l'image est importante sur les angles et les images manquent de détails. © Pierre Crochart pour Clubic
Autofocus à la ramasse, détails inexistants, diffraction importante sur la majorité des prises de vue... seule la balance des blancs semble être justement définie par le smartphone.
Même sur des sujets immobiles, le smartphone peine à faire la mise au point. © Pierre Crochart pour Clubic
Sommaire, l'application photo ne nous permet d'ailleurs que de sélectionner une poignée de modes de capture. Le mode « HDR » doit lui aussi être défini sur « marche » ou « arrêt » ; aucun mode automatique ne permet de faciliter l'exercice. Dans tous les cas, ne vous attendez pas à des miracles pour respecter les hautes dynamiques en passant par celui-ci - il est aussi médiocre que les autres.
Le mode « Portrait », parlons-en, ne relève pas le niveau. S'appuyant, on l'a dit, sur le second capteur de deux mégapixels, il n'est pas pourvu d'une ouverture suffisamment grande pour assurer la capture précise de la deep map. En résultent des photos au flou généré aléatoirement, à la truelle, qui respecte rarement les contours du sujet.
Le mode Portrait produit des flous d'arrière-plan très artificiels et un détourage à la truelle. © Pierre Crochart pour Clubic
Dépourvu d'un mode de capture permettant de rallonger la pose, les photos de nuit sont quant à elles absolument inexploitables.
À l'avant, le capteur 20 mégapixels fait, lui, un travail plus honnête. Les photos sont lissées à l'extrême - comme souvent sur les smartphones chinois - mais l'exposition est plutôt bonne. Le mode « Portrait », à défaut d'être convaincant, a le mérite de ne pas trop en faire et permet ainsi de conserver un tant soit peu de naturel dans les clichés.
Le Hisense Infinity H30 permet de filmer en 1080p à 30 images par seconde. Un stabilisateur électronique essaie tant bien que mal de corriger les mouvements, sans y parvenir.
Hisense Infinity H30 : l'avis de Clubic
Le verdict est sans appel. Le Hisense Infinity H30 ne parvient que rarement à se hisser à la hauteur de ses concurrents. Seules ses performances, correctes, et son autonomie pour le coup réellement impressionnante, parviennent à lui faire gagner des points.Pour le reste, tout est à revoir. Pourvu d'un design insignifiant, le Hisense H30 souffre surtout d'un écran de mauvaise qualité, mal calibré, insuffisamment contrasté et faiblement défini. Pour enfoncer le clou, la partie photo est globalement décevante ; la faute à des photos qui, même dans de bonnes conditions lumineuses, sortent ratées.
Noir est le tableau laissé par le Hisense Infinity H30. Malgré une étiquette tarifaire de 259€ plutôt séduisante, force est d'admettre qu'il faudrait être farouchement malhonnête pour le conseiller en lieu et place de l'un de ses concurrents, en tête desquels le Huawei P Smart 2019 trône.
Test réalisé à partir d'un smartphone prêté par le constructeur