Des communications internes de Mark Zuckerberg, datant des rachats d'Instagram et de WhatsApp, refont surface et constituent des pièces maîtresses dans le procès antitrust intenté par la FTC américaine. Ces échanges pourraient bien contraindre Meta à céder ses précieuses applications, alors que l'affaire approche de sa phase judiciaire décisive.

Mark Zuckerberg - © kovop / Shutterstock
Mark Zuckerberg - © kovop / Shutterstock

Le couperet se rapproche pour Meta. La Federal Trade Commission (FTC), le gendarme américain de la concurrence, est sur le point de mener Mark Zuckerberg et son groupe devant les tribunaux. Au cœur de la bataille : les acquisitions d'Instagram en 2012 et de WhatsApp en 2014, jugées anticoncurrentielles par l'agence fédérale. L'argument principal de la FTC repose sur une idée simple : Meta (alors Facebook) aurait racheté ces entreprises non pas pour innover, mais pour neutraliser des menaces potentielles à sa propre domination. Des mots écrits par Mark Zuckerberg lui-même pourraient aujourd'hui coûter très cher à son empire.

Des acquisitions sous le feu des projecteurs antitrust

Le dossier de la FTC s'appuie lourdement sur des emails et messages internes échangés au moment des acquisitions. Des phrases attribuées à Mark Zuckerberg, telles que « il est préférable d'acheter que de concurrencer », sont mises en avant pour démontrer une stratégie délibérée visant à éliminer des rivaux potentiels avant qu'ils ne deviennent trop grands.

Pour la FTC, ces rachats ont permis à Facebook de maintenir illégalement son monopole sur le marché des réseaux sociaux personnels, privant les utilisateurs d'alternatives potentiellement plus innovantes ou respectueuses de la vie privée. Ce n'est d'ailleurs pas la première fois que ces opérations sont scrutées de près ; le Congrès américain avait déjà exprimé des préoccupations similaires il y a quelques années, soulignant les risques liés à une concentration excessive du pouvoir numérique.

"Les entreprises en sont à leurs débuts, mais les réseaux sont établis, les marques ont déjà du sens, et si elles atteignent une grande échelle, elles pourraient être très perturbatrices pour nous." - Mark Zuckerbeg à propos d'Instagram et Path.  © N/A
"Les entreprises en sont à leurs débuts, mais les réseaux sont établis, les marques ont déjà du sens, et si elles atteignent une grande échelle, elles pourraient être très perturbatrices pour nous." - Mark Zuckerbeg à propos d'Instagram et Path. © N/A

À l'époque des rachats, Instagram et WhatsApp étaient des étoiles montantes, capitalisant sur l'essor du mobile alors que Facebook dominait encore largement sur ordinateur. En les absorbant, Meta a non seulement gagné des centaines de millions d'utilisateurs mais a aussi, selon la FTC, coupé l'herbe sous le pied à de futurs concurrents sérieux.

La défense de Meta face aux accusations

Meta, de son côté, réfute vigoureusement ces accusations. L'entreprise fait valoir que ces acquisitions ont été validées par les autorités compétentes, y compris la FTC elle-même, au moment des faits. Elle souligne également les investissements massifs réalisés pour développer Instagram et WhatsApp, affirmant les avoir transformées en services bien meilleurs que ce qu'ils auraient pu devenir seuls.

L'argumentaire de Meta insiste sur les bénéfices pour les consommateurs et les annonceurs, ainsi que sur l'intensité de la concurrence actuelle dans le secteur technologique. L'émergence rapide de plateformes comme TikTok est souvent citée comme preuve que le marché reste dynamique et ouvert. Ironiquement, Mark Zuckerberg avait lui-même admis avoir sous-estimé initialement la menace représentée par TikTok, une reconnaissance qui pourrait complexifier sa défense actuelle sur la vigueur de la concurrence. L'entreprise met aussi en avant l'intégration technique profonde entre ses différentes plateformes, suggérant qu'une séparation serait non seulement complexe mais aussi préjudiciable à l'expérience utilisateur, notamment via les fonctionnalités de messagerie unifiée ou les outils publicitaires partagés.

Quelles conséquences si la FTC l'emporte ?

Si la justice américaine donnait raison à la FTC, les conséquences seraient considérables. Le scénario le plus redouté par Meta est une ordonnance de cession (« divestiture »), qui l'obligerait à vendre Instagram et WhatsApp. Une telle décision démantèlerait de fait l'empire construit par Mark Zuckerberg au fil des ans. Une séparation forcée poserait d'énormes défis techniques et opérationnels. Comment démêler des années d'intégration technologique, de partage de données et d'infrastructures communes ? L'impact financier serait également colossal, Instagram et WhatsApp étant des contributeurs majeurs aux revenus publicitaires de Meta.

Au-delà de Meta, une victoire de la FTC enverrait un message fort à l'ensemble du secteur technologique sur la politique antitrust américaine, potentiellement plus agressive à l'égard des stratégies de croissance externe des géants du numérique. L'issue de ce procès est donc suivie de très près, car elle pourrait redéfinir les règles du jeu pour les années à venir dans la Silicon Valley et au-delà. La stratégie et les prises de position parfois changeantes de Mark Zuckerberg seront sans nul doute examinées à la loupe lors des audiences à venir.

Source : Neowin