Lip-Bu Tan prend officiellement les rênes d'Intel le 18 mars 2025, avec la mission de poursuivre la transformation entamée par son prédécesseur. L'arrivée du vétéran des semi-conducteurs coïncide avec une avancée majeure pour le procédé de gravure 18A, symbole des ambitions renouvelées du géant américain

Intel tourne une page de son histoire après le départ mouvementé de Pat Gelsinger en décembre 2024, dont la démission avait surpris l'industrie. Après plus de deux mois d'intérim assuré par David Zinsner et Michelle Johnston Holthaus, c'est finalement Lip-Bu Tan qui a été choisi pour redresser le géant des puces. Cette nomination intervient dans un contexte particulièrement critique pour l'entreprise qui a perdu 60% de sa valeur boursière en 2024, fragilisant sa position historique dans l'écosystème technologique.
Un vétéran qui connaît bien la maison Intel
Lip-Bu Tan, 65 ans, n'est pas un nouveau venu dans l'univers d'Intel. Ancien membre du conseil d'administration qu'il avait quitté en août 2024, ce dirigeant apporte une expérience considérable forgée notamment à la tête de Cadence Design Systems de 2009 à 2021. Sous sa direction, cette entreprise spécialisée dans les logiciels de conception de semi-conducteurs avait vu sa valeur boursière augmenter de plus de 3 200%, témoignant de ses compétences en matière de redressement d'entreprise.
Né en Malaisie et formé au MIT en ingénierie nucléaire, Tan s'est imposé comme un visionnaire dans l'industrie des puces. Sa nomination a d'ailleurs été saluée par les investisseurs, comme en témoigne la hausse de 12% de l'action Intel suite à l'annonce. Ce soutien s'explique notamment par sa compréhension fine des enjeux du secteur et son réseau étendu, deux atouts essentiels pour négocier les alliances stratégiques dont Intel a besoin. La rémunération du nouveau PDG reflète l'ampleur de la tâche qui l'attend : outre un salaire de base d'un million de dollars, des bonus conditionnels pourraient porter sa rémunération totale à 68 millions de dollars. Ce package financier illustre les attentes placées en lui pour redresser une entreprise en difficulté.
Des défis colossaux à relever
La mission qui attend Lip-Bu Tan s'annonce ardue après une année 2024 qui restera sans doute comme la plus difficile de l'histoire du groupe. Face à la concurrence féroce de NVIDIA et AMD dans le domaine de l'IA, et aux avancées de TSMC dans la fabrication de puces, Intel a perdu du terrain sur des marchés stratégiques.

Dans sa première communication aux employés, Tan a prévenu que des « décisions difficiles » seraient nécessaires, laissant présager de nouvelles restructurations. Cette posture s'inscrit dans la continuité des réductions d'effectifs déjà lancées sous Gelsinger, mais pourrait aller plus loin. Selon des sources proches du dossier, le nouveau PDG considère que la structure managériale d'Intel reste trop lourde et bureaucratique.
Le défi majeur consistera à redonner à Intel sa place de leader technologique tout en assurant une transition vers de nouveaux modèles économiques. L'expansion dans le secteur des fonderies, initiée par Gelsinger avec un investissement de plus de 20 milliards de dollars pour les usines Fab 52 et Fab 62 en Arizona, représente un pari stratégique que Tan semble vouloir poursuivre.
Les signes d'une continuité stratégique
La coïncidence entre l'arrivée de Tan et une annonce technique majeure pour Intel n'est pas fortuite. L'entreprise a récemment célébré la sortie des premiers wafers utilisant son procédé de gravure 18A par l'expression « l'aigle a atterri », marquant l'aboutissement d'un projet prioritaire lancé par Gelsinger. Dans sa lettre aux employés, Tan a clairement affirmé sa volonté de « redonner à Intel sa place d'entreprise de produits de classe mondiale » tout en s'imposant « comme une fonderie de premier plan ». Cette déclaration suggère qu'il souhaite maintenir ensemble les activités de conception et de fabrication, contrairement aux rumeurs de scission qui avaient circulé après le départ de Gelsinger.
Le nouveau PDG bénéficie également de l'expertise technique des deux dirigeants intérimaires qui restent dans l'équipe dirigeante : David Zinsner comme directeur financier et Michelle Johnston Holthaus à la tête d'Intel Products. Cette continuité managériale pourrait faciliter la mise en œuvre des projets en cours, notamment le développement des processeurs Panther Lake prévus avant fin 2025. L'arrivée de Lip-Bu Tan marque une nouvelle ère pour Intel, mais pas nécessairement une rupture avec la vision de Pat Gelsinger. Les défis restent immenses pour le géant américain dans un secteur en pleine transformation dominé par l'IA. La capacité du nouveau dirigeant à allier changements nécessaires et continuité stratégique déterminera si Intel peut reconquérir sa position de leader ou si l'entreprise devra envisager des options plus radicales pour assurer sa pérennité.
Source : WWCFTECH