Trois ans après l'adoption de la première loi Hadopi, une étude réalisée pour le compte de l'observatoireM@rsouin de l'université de Rennes revient sur la façon dont les internautes perçoivent le dispositif de surveillance des échanges de fichiers illicites sur Internet ainsi que l'action de l'Autorité chargée d'orchestrer leur répression.
Les résultats, publiés lundi (PDF), soulignent la connaissance partielle du champ d'action de la Hadopi. Ainsi, si 75% des 2 000 internautes sondés savent que l'Autorité surveille les échanges sur les réseaux P2P, ils sont également 68% à penser qu'elle scrute les téléchargements réalisés par le biais des sites de stockage (de type feu Megaupload ou RapidShare), alors que ceux-ci ne sont en réalité pas concernés. Plus surprenant pour un technophile, ils sont également 12% à penser que la surveille les échanges de la main à la main (échange sur clé USB ou disque dur).
Sur le volet répression, seuls 42% des sondés savent que la sanction est susceptible d'intervenir après trois infractions. A l'inverse, 23% des répondants ne savent pas ce que représente la fameuse « réponse graduée ». Sans surprise, les auteurs de l'étude constatent que la connaissance de la Hadopi est globalement « plus forte chez les jeunes et chez les internautes qui ont dans leur entourage de nombreuses personnes téléchargeant ». Au final, ils ne seraient que 7% à vraiment appréhender le dispositif de façon juste.
Après un million de courriers d'avertissement envoyés pour quelque 300 dossiers entrés en phase 3, l'effet dissuasif de la Hadopi est-il bien réel ? Le panel interrogé estime à 36%, en moyenne, sa chance d'être détecté lors d'un téléchargement illégal, alors que seuls 2,7% de ses membres ont déjà reçu un avertissement.
Il y aurait donc bien une forme de peur de gendarme, puisque les internautes perçoivent un risque de détection important. Pour autant, l'étude montre également qu'une part importante des internautes avertis a recours à des pratiques de téléchargement qui ne sont pas surveillées par la Hadopi, sans qu'il soit possible de vraiment mesurer si les concernés modifient leur consommation après réception du premier courrier.
« En guise de conclusion, ces premiers résultats indiquent qu'à l'ère de l'Hadopi les internautes ont une perception forte d'être détectés en cas de téléchargement. Cette probabilité élevée s'accompagne aussi d'une surestimation des capacités de surveillance de l'Hadopi, contribuant à augmenter les risques associés au piratage », conclut l'étude.